Sélectionner une page

Usé par le « mépris » de la Ville, le festival Convivència tire sa révérence

Usé par le « mépris » de la Ville, le festival Convivència tire sa révérence
Bannière

Le festival Convivència tire sa révérence après un quart de siècle d’activisme culturel. Un festival pas pareil, au-delà des frontières entre musique du monde et régionale, prônant les alternatives à la société de consommation, animé par des bénévoles et gratuit pour ses spectateurs. En cause, la Mairie qui a réduit sa subvention à peau de chagrin sans même honorer un rendez-vous d’explication.

« Tout ce que vous voyez autour de vous, les 25 ans d’affiches sur les murs, Convivència tel que vous l’avez connu, c’est terminé », clôt Sylvie Séquier, membre du conseil d’administration. La salle se fige. À la tribune comme dans l’assistance, le silence et les yeux inondés en disent long sur la perte que représente la fin de l’aventure. Un témoignage de ce qu’a représenté le festival : « Un quart de siècle, 75 206 participants, 192 artistes programmés pour 94 événements organisés », énumèrent les administrateurs à la tribune. Une fin précipitée par l’attitude de la municipalité Carolis. Ce mercredi 4 novembre 2026, la conférence de presse organisée à la Bourse du travail marque la fin d’une époque.

Aucune explication
Le 23 avril, le conseil municipal vote la division par deux de sa subvention municipale la portant à 2 500 euros, sans aucune explication. En juin, le conseil d’administration obtient un rendez-vous en mairie avec Claire de Causans, l’adjointe à la Culture. Elle posera un lapin sans s’excuser. L’équipe du festival propose alors une porte de sortie à l’élue et propose d’apporter des explications par écrit. Comme seule réponse, un courriel lapidaire du service des assemblées rappelant les formalités pour déposer une demande de subvention. Un courriel vécu comme un crachat au visage par les fondateurs. « On ne comprend pas, ou pire, on a peur d’avoir trop bien compris », reprend Jean Colomina, un des fondateurs du festival. « Ils n’ont même pas le courage de nous rencontrer et d’assumer une politique », renchérit Catherine Le Guellaut, elle aussi présente depuis le départ. Convivència était soutenu à hauteur de 12 000 euros au début du mandat, 6000 euros en 2023, 5000 en 2025, puis 2 500 euros pour 2026. « Nous sommes la seule association arlésienne a enregistré une baisse à cette hauteur, fait remarquer Catherine Le Guellaut alors qu’un projet plus important que l’an passé était envisagé et que nous avions demandé 8 500 euros. »

Convivència à la grande époque remplissait le parking Léon Blum avant que la mandature Carolis ne veuille déménager le festival.

La belle époque 
Les affiches au mur remémorent les concerts du début rue Réattu devant le magasin de disques des fondateurs Jean et Catherine Le Guellaut devenu Colomina avec le temps. Il y a eu ensuite l’époque faste sur le parking de l’école Léon Blum. Une époque où le festival proposait des concerts hors du temps entre midi et deux sous les platanes. Quatre-vingt bénévoles fourmillaient entre les cuisines et le comptoir d’échange en monnaie locale, un lieu où s’implantait un village des alternatives pour un public qui se reconnaissait dans les valeurs de solidarité et de partage affichées par le festival. Convivència était autant un spectacle sur la scène qu’une expérimentation en coulisse, avec un brassage de toute une partie de la population arlésienne mise en action pour la cause. « Puisqu’il faut tout quantifier, on s’est amusé à compter. En 25 ans, 42 822 heures de travail gratuites ont été fournies par 214 bénévoles différents, valorisables à 745 622 euros », annonce un des administrateurs à la tribune.

Une vision de la culture différente, également présente dans la manière de produire, collective et éco-responsable. Un festival qui proposait également des concerts pour animer Griffeuille en lien avec les forces vives du quartier. C’est d’ailleurs Convivència qui a apporté originellement l’aspect éco-responsable à la fête de quartier de Griffeuille que l’on connaît aujourd’hui en tractant des associations comme Convibicy pour réparer les vélos, Zéro déchet pays d’Arles ou d’autres. Convivència, c’était le talent des fondateurs de créer et d’animer des collectifs. Tout au long de son histoire « nous avons travaillé avec 248 structures partenaires », fait les comptes Jean Colomina. C’était là leur vraie singularité et une qualité pour laquelle ce festival est difficilement remplaçable. Toujours jouer collectif. Nous avons déjà noirci nos colonnes à propos de ce qu’il s’y passait, en tombant, nous aussi à l’Arlésienne dans le bénévolat pour la production de débats radio ou pour une page par jour de festival en 2019.

Pour ceux qui aiment les paillettes, l’expérience humaine de Convivència s’accompagnait également d’une exigence musicale et d’un rôle de découvreurs de talents. Delgrès, HK et les Saltimbanks, Mor Karbassi, Bernardo Sandoval, De la Crau, Jan-Maria Carlotti, Myryem Koufi, Fotinak : la scène de Convivència a accueilli des artistes souvent bien avant qu’ils ne passent dans les colonnes de Télérama. Sans oublier les André Minvielle, Pedro Soler ou encore Claude Marti.

La droite m’a tué
Avec l’arrivée de la droite au Département et à la Région (2015) puis à la Ville (2020), les subventions fondent. Dès son arrivée en 2020, la municipalité Carolis demande le déménagement du festival hors du centre-ville préférant préserver la recette du parking de l’ancienne école Léon Blum sur lequel le festival était installé. Viendront deux éditions à Trinquetaille au boulodrome Daillan. Puis la transformation en plusieurs rendez-vous : Les saisons de Convivència.

La Mairie préfère visiblement répondre aux journalistes qu’aux principaux intéressés. Et encore, elle le fait via un communiqué et n’offre pas la possibilité de questions de relance. « S’agissant du montant de la subvention municipale, celui-ci relève d’une décision de la collectivité, prise au regard de l’intérêt des projets présentés, de leur contribution à la vie locale et des moyens budgétaires dont elle dispose. Il convient également de rappeler qu’aucune association ne peut se prévaloir d’un droit acquis au maintien ou au renouvellement d’une subvention antérieurement accordée ». La mairie rappelle qu’elle a octroyé à l’association des locaux pour l’activité de l’association Attention culture ! à titre gracieux. Le communiqué de la Ville ose afficher une progression des subventions aux associations depuis 2022. Comme souvent, le diable se cache dans les détails. Comme nous le révélions dans notre analyse sur l’évolution des subventions municipales, depuis le début des mandatures Carolis les subventions aux associations ont baissé de 20%, avec une baisse pour le domaine culturel de 26%. Des choix politiques forts qui excluent une partie de la vie des administrés et leur travail de long terme.

La despedida
L’ultime édition en version l’Automne de Convivència se tiendra le 27 et 28 novembre prochain au Capitole. Là encore, la Mairie ignore le festival. Pour l’instant il leur est impossible de savoir s’ils auront le droit d’installer une buvette dans la salle appartenant à la communauté d’agglomération ACCM située à la Roquette, derrière la place Paul Doumer. 

De l’autre côté de la place, cet été, la Fondation Bustamante, centrée sur l’art contemporain, a vu le jour. À l’inauguration, le maire s’était déplacé pour saluer dans ses propres mots « l’arrivée d’une fondation privée ». La mairie a de suite autorisé la création d’une terrasse pour un café-restaurant lié à ce nouveau complexe culturel. Tout un symbole, en six ans de mandat, Patrick de Carolis n’aura jamais mis les pieds dans un événement Convivència. Et aura toujours ignoré cette forme de culture hors des logiques économiques ou d’attractivités. Une culture singulière et fragile qui animait jusqu’alors la ville. Et qui tirera sa révérence fin novembre avec un concert de polyphonie-percussions métissé de trois origines différentes : Espagne, Italie, Zimbabwe. Un concert gratuit après un débat sur comment décarboner la culture. Un débat avant le début de l’hiver et un carrefour des alternatives à reconstruire. Samedi soir après le concert, l’équipe du festival donne rendez-vous pour une surprise à la tombée de rideau.

Eric Besatti

Actuellement en kiosque

Recevez nos infolettres