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Pour quoi roule la voie verte ?

Pour quoi roule la voie verte ?

Les travaux de la voie verte ont commencé fin février, quelques semaines avant les élections. Un empressement qui catapulte un projet alors qu’il devait être revu avant son démarrage.

Depuis fin février, sur la future « voie verte » qui mène des Alyscamps au pont Van Gogh, les travaux ont commencé par l’enlèvement des rails de l’ancienne voie ferrée. Sur les côtés, des pins et des amandiers en fleur sont barrés d’une croix orange fluo synonyme d’un arrachage prochain. Pourtant les immenses panneaux pour communiquer au public sur le projet positionné engageaient un tout autre destin : « maintien de la végétation existante ». Le dessin était joli et les promesses étaient belles : « un projet estimé à 4,9 millions d’euros », financé à 68% par l’Europe, on n’est pas bien là ?

À la hâte avant les élections, les travaux ont débuté à la surprise générale, dont celle de l’ex-adjointe à l’urbanisme, Sophie Aspord, qui a signé le projet. Mais depuis, elle a démissionné car non sollicitée par le maire pour repartir en campagne. « Le chantier n’aurait pas dû commencer maintenant. Il était prévu de déposer un permis modificatif, contextualise-t-elle. Les travaux pouvaient attendre quelques semaines. Je me suis engagée auprès des riverains d’améliorer le projet. Maintenant je m’inquiète des travaux en cours et des arbres qui vont être abattus ». Mais alors pourquoi avoir signé le projet en l’état ? « Pour respecter les délais de demande de subventions, notamment les 68% des aides européennes Feder », explique-t-elle. Au menu des modifications prévues par l’ancienne élue : augmenter la perméabilité du revêtement, adapter le tracé pour conserver les arbres majeurs, créer des haies pour isoler les riverains et supprimer les accès proches des habitations. Des évolutions pensées suite à un recours, « une réunion a eu lieu avec les services de la voirie, de l’urbanisme et des riverains », raconte l’ancienne élue. Pour tenir les paroles données « un permis modificatif est impératif pour améliorer le projet qui n’a pas pu être présenté aux Arlésiens en raison de la période pré-électorale ».

Zéro concertation
« C’est hallucinant, il y a eu zéro concertation », ne décolère pas François Fargier, un riverain du projet. « On a appris le projet en août dernier par hasard, il n’y a eu aucun affichage », raconte-t-il. Effectivement, le projet est passé en conseil municipal sans plus grande publicité que l’affichage en mairie obligatoire pour des permis d’aménager, « alors on a vite déposé des recours et on a eu une réunion, puis on a lâché pour reprendre les discussions après les élections, mais maintenant, on va être très vigilant ». Pour lui, les dés ne sont pas encore jetés. Dans le permis, les travaux prévoient de supprimer un petit canal historique qui part du Vigueirat et amène l’eau du canal de Craponne jusque dans les jardins du quartier, et qui, à l’époque, allait même jusqu’au stade Fournier. Un droit à l’eau « napoléonien », explique le riverain, droit qu’il n’est pas prêt d’abandonner. « Ils n’ont pas le droit de faire ça, ils n’avaient même pas prévenu le président de l’association des arrosants ». Pour lui, c’est un projet de techniciens sans vision. « Ça les embêtait le canal, parce que c’est un coût d’entretien pour la Mairie ». Mais alors que le maire veut mettre des fontaines en centre-ville, pourquoi vouloir enterrer un canal existant ?

Pont d’achoppement
Autre point d’achoppement découvert par les riverains début février au hasard d’une correspondance avec les services de la mairie : la destruction du pont Guintoli. Un pont qui enjambe la rue Guintoli devant le lycée Privat et permet aux piétons et cyclistes de ne pas croiser de véhicule. La voie passe ensuite sur le pont bleu qui permet d’enjamber la voie rapide et le canal d’Arles à Bouc pour retrouver la piste cyclable de la ViaRhôna. Un tronçon cyclable déjà fonctionnel. Mais ce pont a le défaut de ne pas être aux normes. Un trop petit gabarit de 2,50 mètres qui voit fréquemment des camions s’y encastrer. Un petit gabarit qui a aussi l’avantage de limiter la circulation des bus et des camions dans le quartier résidentiel de Bigot. Pour l’heure, la future voie verte est déjà un passage cycliste et piéton au-dessus de la rue Guintoli, évitant un croisement avec les véhicules. Les travaux de transformation demanderaient d’aplanir la voie et d’arracher des arbres pour au final, ajouter une intersection avec les véhicules motorisés. Marie-Amélie Ferrand-Coccia, autre élue démissionnaire, elle pour aller faire campagne avec Jean-Michel Jalabert, défend le projet qu’elle a participé à imaginer. Elle était alors élue à la voirie avec la vision d’une « voie d’insertion en pente douce devant le lycée pour remplacer un pont vétuste » avec des feux de circulation pour faire passer les vélos et piétons. « Si on laisse le pont, on dépense moins d’argent, je pensais qu’à Arles on manquait d’argent », philosophe une riveraine. Avec d’autres, elle est prête à lutter et l’a fait savoir à la Mairie fin février.

C’est alors que Mandy Graillon, adjointe omnipotente de Patrick de Carolis, prévue pour en être la première en cas de réélection, est venue sur le terrain jouer les pompières de service pour calmer la situation. À la hâte, là encore, elle a improvisé une réunion le 27 février avec les riverains pour apaiser les tensions avant les élections. Devant une poignée de citoyens, elle a promis qu’aucun arbre ne serait arraché ni aucun pont détruit en attendant de nouveaux échanges après les élections. La promesse est consignée sur le blog Sud Semestres – Plan du Bourg et confirmée par l’élue. Une riveraine présente à la réunion souligne un enjeu inavoué en public par les élus : « selon les plans de la requalification de la nationale 113, la rue Guintoli est prévue pour détourner les véhicules de la 113, c’est donc pour permettre aux camions et aux bus de passer qu’ils veulent le détruire ». Le permis est signé et le prochain maire aurait le pouvoir de passer en force sur le projet(1). En attendant de nouvelles réunions, les rails peuvent continuer à être déposés, c’est-à-dire en termes techniques : être enlevés. Une voie verte mise en travaux pour enfin y croiser des camions… Là aussi, c’est technique.

Eric Besatti

 

En bonus pour aller plus loin :

Le permis d’aménager de la voie verte.

 

 

 


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