Sélectionner une page

Affaire Malarte – Ville d’Arles : corruption pour « remettre la maison Arles en ordre » ?

Affaire Malarte – Ville d’Arles :  corruption pour « remettre la maison Arles en ordre » ?

Suite à un dépôt de plainte du 11 mars 2026, le maire d’Arles est mis en cause pour corruption dans une affaire impliquant des dirigeants de l’Athlétic club arlésien et deux membres de sa nouvelle majorité municipale. Selon la plainte, le maire aurait proposé l’annulation de la préemption du bâtiment du café le Malarte en échange du départ de dirigeants du club de foot. Une affaire dont nous révélions les prémices le 13 mars sur notre site, et qui s’étend désormais à coup de plaintes interposées.


Les élections sont-elles un moment où les langues se délient ? Quelques jours avant le premier tour des élections municipales, une plainte a été déposée auprès du procureur de la République du Tribunal judiciaire de Tarascon à l’encontre du maire d’Arles, Patrick de Carolis. La plainte déposée le 11 mars 2026, reproche au candidat sortant des faits de corruption, « au sens de l’article 432-11 du code pénal ».

Déposée par Christophe Fouiller, propriétaire à 45% du fond de commerce du Grand café Malarte, la plainte met en cause le maire qui aurait exercé des pressions dans le but de faire partir deux personnes aux manettes de l’Athlétic Club Arlésien (ACA) : Sofiane Boualem le président et Romain Djefaflia, « vice président » de l’association selon le président. Un point qui interroge néanmoins, puisque ce dernier n’a pas de licence auprès de la Fédération Française de Football (FFF) puisqu’il en a été « radié à vie » le 7 mars 2007. Une histoire de « bagarre générale », selon le principal intéressé. Pourtant, « si on n’a pas de licence, on ne peut pas être dans un club », nous confirme-t-on auprès du district Provence de Football

Le lien avec Christophe Fouiller ? « Je suis au bureau exécutif et je donne un coup de main financier », répond le principal intéressé. C’est aussi un commerçant du pays d’Arles qui souhaite acheter les murs du Malarte et son immeuble, mais qui s’est heurté au droit de préemption de la Mairie. La préemption ? Un droit des collectivités qui leur permet d’acheter en priorité des biens immobiliers sur une zone définie, quand bien même un accord aurait été passé avec un autre acheteur. Ce droit est strictement encadré et ne doit pas, évidemment, servir de monnaie d’échange ni permettre un chantage. Le dépôt de plainte questionne notamment l’utilisation de ce droit par le maire et deux de ses colistiers.

Forcer le remplacement
La plainte s’appuie sur des enregistrements pirates de deux conversations, réalisés par Sofiane Boualem et Romain Djefaflia et transcrits partiellement par un commissaire de justice. Le premier enregistrement concerne un rendez-vous du 27 décembre 2025 entre Christophe Fouiller, Romain Djefaflia et Sofiane Boualem et Patrick Chauvin, ancien président de l’ACA, ancien premier adjoint à la Mairie sous le mandat Schiavetti et colistier du maire Patrick de Carolis lors des élections municipales de 2026.

Le deuxième rendez-vous a eu lieu le 30 janvier 2026 dans les locaux de l’ACA, avec Romain Djefaflia, Sofiane Boualem, Patrick Chauvin et Cyril Juglaret. Lors de cette discussion mentionnée dans la plainte, l’ancien président de l’ACA Patrick Chauvin entend jouer l’entremetteur entre le maire et les deux responsables de l’ACA.

 « [Le maire] ne veut pas le club ; il ne veut plus que vous y soyez », lance-t-il à Romain Djefaflia et Sofiane Boualem. Dans une retranscription partielle, Patrick Chauvin propose même ses services par la suite. « Moi je suis prêt à m’occuper pendant un mois, un mois et demi ; [pour] organiser la passation du club ». 

Le Malarte en échange des têtes de l’ACA
C’est à ce moment que le rachat des murs du Malarte par la Mairie rentre dans l’histoire. Selon la plainte, lors de l’entrevue du 27 décembre 2025, l’ambition du maire est claire pour Romain Djefaflia. « Il fait tout ce qu’il peut pour nous l’enlever [le club, ndlr]. Dis-moi ou non ? », demande ce dernier. Un point confirmé par Patrick Chauvin. « Oui, bien sûr que oui ». 

Romain Djefaflia mentionne ensuite un appel récent qu’il aurait passé avec le maire : « il vient de m’appeler pour me dire qu’il [ne] préemptait plus le Malarte si on trouvait une solution pour le club. (…) Est-ce que tu trouves que c’est normal ? ». Et Patrick Chauvin de répondre : « Non mais il n’y a rien de normal […]. Moi j’essaie pour que les choses s’apaisent dans l’intérêt de tout le monde ». Des éléments qui caractérisent la corruption, selon la plainte. 

Contactés, Patrick Chauvin et Cyril Juglaret n’ont pas souhaité répondre sur ce point précis mais disent ne pas vouloir « alimenter une machination de dernière minute contre la liste du maire-candidat, dont l’unique objectif est de troubler le processus électoral de ce dimanche [15 mars 2026, ndlr] ».   

De son côté, le maire ne nous a pas répondu sur l’objectif de ces échanges, mais s’est expliqué dans un article publié par La Provence, le 17 mars. Évoquant un enregistrement « douteux et illégal », Patrick de Carolis estime ne pas être lié à cela. « Aucun des faits cités ou des documents produits établissent un lien avéré avec moi. […] C’est bien la preuve d’une grossière machination politique, à quelques jours du scrutin municipal. » Suite à cela, le maire dit avoir « déposé plainte pour dénonciations calomnieuses » et demandé la protection policière.

Néanmoins, il justifie ses différends avec Romain Djefaflia et Sofiane Boualem dans un communiqué transmis à La Provence et Objectif Gard.  « J’ai entrepris un travail de fond consistant à mettre fin à un système porté par deux individus, un système ramifié, qui a pris racine dans nos institutions administratives et sportives depuis près de dix ans ».

Du logement social à la place du Malarte ?
L
a préemption mentionnée, renvoie à la décision n°2025-87 de l’Établissement Public Foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur (EPF) du 17 décembre 2025. Cette décision, initiée par le maire d’Arles le 16 décembre, a stoppé le processus de vente des parcelles AE 422 et 423, qui englobent l’immeuble du 15 rue du Cloître (l’ancien cercle de jeu) et le bâtiment du 14 boulevard des Lices exploité par le Grand café Malarte. La Mairie s’en porte donc acquéreur à la place de la SCI des Lices détenue par Christophe Fouiller avec un autre associé. Un droit de préemption parfaitement légal qui annule donc la vente prévue depuis le 11 juillet 2025.

Les parcelles 422 et 433 de la section AE sont les deux sections concernées par le droit de préemption de la mairie. Capture d’écran du cadastre au 12 mars 2025

Si Christophe Fouiller explique faire partie du « bureau exécutif » de l’ACA, ce sont Romain Djefaflia et Sofiane Boualem qui sont ciblés par le maire d’après la plainte. Contacté, le restaurateur estime « que [le maire] fait un amalgame » entre lui et ses deux camarades de l’ACA. Pour Patrick de Carolis, Christophe Fouiller serait néanmoins un « financeur important » du club, selon son communiqué. Le 16 février 2026, le copropriétaire du Grand café avait exercé un recours gracieux adressé à la Mairie d’Arles ainsi qu’à l’EPF pour contester la préemption. Recours resté pour l’heure lettre morte. 

Questionnés sur la justification de l’usage du droit de préemption et d’une potentielle annulation de celle-ci, ni Patrick Chauvin, ni le maire ne nous ont répondu. Ce dernier motive néanmoins ce choix à Objectif Gard, le 19 mars, par « le besoin de créer du logement en centre-ville ». Selon la décision de l’EPF, la préemption entend transformer ce bâtiment de 713m² pour la « production d’un programme d’environ six logements dont 30% minimum seront des logements aidés d’une part, et d’autre part, conserver l’activité commerciale en pied d’immeuble ». Si la vente est effective, la Mairie sera alors le nouveau bailleur du Malarte avec cette préemption.

« Et même de l’argent de la ville s’il le faut »
Autre élément qui interpelle dans le dépôt de plainte, un extrait de la discussion du 30 janvier 2026, où de l’argent public est proposé pour « rembourser » les investissements personnels de Romain Djefaflia et Sofiane Boualem dans le club. 

Patrick Chauvin : « Je vous rembourse. »
Romain Djefaflia : « Qui nous rembourse ? »
Patrick Chauvin : « Pas besoin de savoir. »
Cyril Juglaret : « Des gens qui viennent investir dans le club et ça crée la balance. »
Patrick Chauvin : « Et même de l’argent de la Ville s’il le faut, parce que je peux faire un racket aussi là-bas. »

Une mention de l’argent public qui fait écho à la situation tendue entre l’ACA et la Mairie. Selon un communiqué publié sur Facebook le 10 mars 2026, les dirigeants du club acéiste disent faire face à un « blocage inexpliqué du versement de la subvention allouée au club » par la Mairie. Une subvention d’acompte pour l’année 2026 de 67 500 € toujours pas versée, bien que votée en conseil municipal le 18 décembre 2025. 

Un choix assumé par le maire. « J’ai suspendu le versement d’un acompte de la subvention municipale dans l’attente de l’assainissement de la situation du club, a-t-il répondu à La Provence. « Leur gestion du club est marquée par de nombreuses irrégularités », précise-t-il en référence aux deux dirigeants. Parmi les motifs évoqués par l’édile : « défaut de tenue d’assemblée générale, présidence par M. Djefaflia pendant plusieurs mois malgré une interdiction à vie d’adhésion à la Fédération française de football, manque de transparence des comptes, ouverture illégale d’une buvette, importantes dettes impayées ».  

Un conflit de long terme
Il y a quelques mois, le torchon avait déjà brûlé entre ces dirigeants de l’ACA et la Mairie. Les premiers avaient consommé leur subvention annuelle de 135 000 euros dès le mois de septembre et déclaraient « On est à zéro aujourd’hui », dans les colonnes de La Provence par l’intermédiaire de Romain Djefaflia, le 30 septembre 2025, lui qui était pourtant radié de la FFF depuis 2007. Pourtant cette subvention d’un niveau similaire aux années précédentes, suffisait jusqu’alors au fonctionnement du club. 

Depuis 2024 et leur arrivée dans l’équipe dirigeante de l’ACA, Sofiane Boualem et Romain Djefaflia ont fait le vide. Ils ont changé les formateurs, les entraîneurs et certains encadrants du club, comme nous le racontions en décembre 2024 sur un projet étonnant de complexe sportif. En décembre dernier, l’assemblée générale qui a vu l’élection de Sofiane Boualem a été particulièrement houleuse comme le racontait La Provence

Sofiane Boualem et Romain Djefaflia sont également fonctionnaires à la communauté d’agglomération ACCM et délégués syndicaux CGT, et leurs relations avec l’équipe de Carolis était plus que tendue. Par le passé, Mandy Graillon, l’élue aux déchets de l’ACCM, témoignait dans nos colonnes, d’un système de pressions systématique allant jusqu’à un dépôt de plainte pour menace de mort proférée en interne (Voir « Menaces de mort », page 23 du n°26 de l’Arlésienne). En 2022, celle-ci avait notamment été témoin d’intimidations de la part de Romain Djefaflia à l’encontre d’un de ses supérieurs hiérarchiques. 

Après une plainte déposée le 2 mars 2026 auprès du tribunal de Tarascon contre Patrick de Carolis, pour « faux » et « tentative d’escroquerie au jugement », les deux hommes avaient ensuite déposé une deuxième plainte, le lendemain, visant le maire pour des faits de « harcèlement moral au travail » et de « harcèlement moral ». Deux plaintes rédigées par le même avocat que Christophe Fouiller, Me Malgras. De son côté, le maire rappelle que les  « ces deux agents sont suspendus [de leurs fonctions] » depuis décembre 2025 et ont fait l’objet de deux signalements auprès du procureur de la République, « pour favoritisme ». 

Si l’issue de cette affaire est entre les mains du procureur de la République qui peut lancer une enquête judiciaire, la tension, elle, ne retombe pas. Du désordre donc, alors que le maire rappelle son ambition : « en 2020, j’ai pris l’engagement de remettre la maison Arles en ordre, je le fais ».

Eric Besatti et Nicolas Malarte


Boîte noire : 

Le 13 mars, nous avions révélé le premier volet de cet affaire. Cet article, mis à jour le 25 mars 2026, s’appuie sur le premier en lui intégrant plus d’éléments, notamment les réactions de Patrick de Carolis et la mention de sa plainte déposée contre MM. Djefaflia et Boualem.

Retrouvez ce premier article ici : Affaire Malarte-Ville d’Arles : Patrick de Carolis visé par une plainte pour corruption (archive)

 


Cet article est en libre service, mais a demandé du temps de travail.

Pour soutenir le travail de l'Arlésienne, il y a les partages, les abonnements, et les dons ! Alors à vot' votre bon cœur et votre porte-monnaie !

En boutique

Lettres d’infos

M’abonner

Faire un don