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Didier Cornille, l’ogre de l’agro-industrie du pays d’Arles

Didier Cornille,  l’ogre de l’agro-industrie du pays d’Arles

Il fait brûler du plastique dans ses champs, fait appel à la main-d’œuvre étrangère corvéable à merci et achète toutes les terres et mas qu’il peut. Didier Cornille est un emblème de l’agro-industrie dans tous ses excès. Un des mastodontes de l’agriculture du pays d’Arles qui façonne nos paysages.

Dans le milieu agricole, l’accès aux terres est le théâtre de rapports de domination et d’inégalités croissantes. Alors qu’il semble toujours plus difficile pour les nouveaux agriculteurs de s’installer et malgré les tentatives de régulation par l’Etat, les gros continuent de grossir et d’accaparer les terres. En pays d’Arles, l’empire agricole et foncier de la famille Cornille en est une parfaite illustration.

Sur la route de Saint-Gilles, l’entrée de la Camargue offre des étendues de terres sèches, sans vie, des hectares de monocultures à perte de vue. Des travailleurs étrangers embauchés via Work for All, entreprise multi-condamnée, installent des tunnels de plastique pour les prochaines cultures. Plus loin, entre deux bâtiments, le sol est calciné et jonché de tuyaux de PVC, films plastique et bidons de pesticides. « La Terre vous rend ce que vous lui donnez » aime à dire le propriétaire des lieux. Mais face à la réalité de l’agriculture selon Cornille, la devise sonne faux. Elle est pourtant fièrement érigée sur le site internet du Mas de Rey, son domaine viticole. Situé à quelques encablures de là, vitrine de marque de la famille Cornille, il est géré par sa fille Marion, œnologue de formation. Car Didier Cornille a le sens de la famille : il co-dirige la plupart de ses sociétés avec sa femme, Catherine Bérard. Les terres décrites plus haut sont celles du Mas de la Trésorière, du Grand Mas du Roy et du Mas de Grille, où riz et melons sont cultivés à une échelle industrielle par son fils Justin, désormais gestionnaire de Reveny, son entreprise maraîchère. Des centaines d’hectares qui ne représentent qu’une partie de l’emprise foncière de Cornille qui détient également des terres à Saint-Etienne-du-Grès, Maillane ou encore Tarascon. L’étendue totale est difficile à chiffrer. Le site internet du domaine du Mas de Rey annonce 110 hectares. L’entreprise Reveny revendique “plus de 1500 hectares” sur son compte Facebook. Nos différentes sources parlent de plus de 2800 hectares au total, soit près de 44 fois la surface moyenne d’une exploitation agricole en France et près de 76 fois celle d’une exploitation bucco-rhodanienne.

Un modèle de réussite agro-industrielle
Tout commence en 1986. Didier Cornille s’installe à côté de chez ses parents, avec lesquels il monte un Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) sur 45 hectares. Depuis le début, le fleuron de sa production, c’est la salade. Avec 60 variétés différentes, 29 millions de têtes par an sur 400 hectares et une production continue à l’année, alors que ses concurrents font une pause hivernale (1), Reveny fait aujourd’hui partie des «poids lourds» de la salade de grande distribution en France et même en Europe. Les 18 000 tonnes produites chaque année partent dans la grande distribution sous forme de salades en sachet, lavées, préparées et prêtes à l’emploi, pour des marques comme Florette ou Les Crudettes (2). Viennent ensuite le blé dur, le melon, le riz de Camargue mais aussi les oliviers, et la tomate d’industrie. Sans oublier le vin du Mas de Rey.

« Son développement agro-industriel suit clairement des logiques capitalistes, de réduction des coûts et des risques, notamment à travers la diversification des cultures et la répartition des parcelles sur des territoires multiples » explique Emmanuelle Hellio, docteure en sociologie, spécialiste des marchés du travail de l’agriculture industrielle. « Un fonctionnement qui serait impossible s’il ne faisait pas appel aux travailleurs détachés. » Il a longtemps été un des principaux clients de l’entreprise anciennement appelée Terra Fecundis, embauchant plusieurs centaines de personnes chaque saison (3). Et il est le plus gros, avec pour l’année 2021, 247 340 jours de travail détaché. En retour, son empire foncier est un des rouages principaux de l’infrastructure de logement de la main-d’œuvre détachée depuis l’Espagne par ce géant de l’intérim espagnol. Là encore, les chiffres exacts sont difficiles à obtenir mais il y aurait eu depuis une dizaine d’années environ un millier de travailleurs logés chaque année dans cinq lieux d’hébergement collectif lui appartenant, dont le Mas de la Trésorière en Camargue et le Mas du Cast à Maillane.

 

 

 

 

Les tentacules du montage sociétaire et ses juteux avantages fiscaux
Au fil des ans, la famille Cornille s’est construit une véritable holding tentaculaire, composée de plus d’une vingtaine d’entreprises. Sept d’entre elles sont des exploitations agricoles, Scea (société d’exploitation agricole) ou Earl (exploitation agricole à responsabilité limitée). Les Saladines, Reveny, Maridine, le Mas de Mauléon, le Mas Pavillon, Justin et le Mas de l’Espérance. Ces montages sociétaires apportent de multiples avantages : l’étendue réelle des surfaces agricoles exploitées est divisée en plusieurs morceaux, ce qui permet d’échapper aux contrôles supplémentaires qui s’appliquent aux exploitations qui dépassent un certain « seuil d’agrandissement significatif », dont le nombre d’hectares est défini par arrêté préfectoral dans chaque région. En Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, il est fixé à 127,5 hectares.

Les exploitations agricoles ne sont pas les seules sociétés de Cornille. Il détient quatre groupements fonciers agricoles, outils ad hoc de l’acquisition de nouvelles terres : le Mas de Grille, le Mas de Mauléon, Tristan et, en tête de file, le groupement foncier de la Chapelette qui, à lui seul, comptabilise 300 hectares éparpillés entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Ses opérations foncières ne se limitant pas à l’agriculture, il est également gérant de six sociétés civiles immobilières : Nalia, Du Cast, La Bourgade, Les Doctrinaires, Cornille et Just Maridine. Enfin, deux sociétés de commerce associées aux activités agricoles complètent la pièce montée. Cornea, une société de commerce de gros inter-entreprises et la CUMA des Saladelles. Cette dernière est une coopérative de matériel agricole en commun, au sein de laquelle Didier Cornille est associé avec deux autres exploitants agricoles notables : Julian Perez – connu par ailleurs pour les conditions délétères voire mortelles dans lesquelles ses ouvriers agricoles travaillent (4) – et Frédéric Berlhe, agriculteur en Camargue, dont différents témoins rapportent des pratiques n’ayant rien à envier à Cornille sur la gestion des déchets plastique, entre brûlages et décharges sauvages. Le tout est chapeauté par l’entreprise Les Clos du midi, une société de holding qui détient des parts dans chacune de ses autres sociétés. Celle-ci permet, entre autres, de bénéficier d’avantages fiscaux : elle perçoit des dividendes sur les parts détenues, qui sont moins imposés que si ces entrées d’argent étaient des revenus directs perçus par des personnes physiques.

De l’expansion incontrôlée… à l’accaparement des terres ?
« Système de prédation », « no limit », « toujours plus » … Au-delà de la taille hors-norme de son exploitation, ce qui frappe nos interlocuteurs à propos de Didier Cornille, c’est sa politique d’expansion, que rien ne semble arrêter. Au fil des vingt dernières années, entre Tarascon, Maillane, Saint-Etienne-du-Grès et Arles, il n’a eu de cesse de faire l’acquisition de nouveaux hectares. « La première fois qu’on m’a parlé de lui, on m’a dit : ‘‘Tu vas voir il va racheter toute la Camargue’’… » nous raconte Sylvie Guiot. Elle habite au Grand Mas du Roy, sur l’ancienne route de Saint-Gilles et elle est aux premières loges de ce phénomène. Quand elle est arrivée, Cornille ne s’était pas encore implanté dans la zone. En 2008, à quelques centaines de mètres de la maison de Sylvie, il récupère les 450 hectares du Mas de la Trésorière par un bail rural longue durée. En 2019, via une stratégie bien rodée de cession de parts progressive, il met la main sur les terres du Mas de Grille, à l’ouest : 131 hectares. Puis vient le tour du Grand Mas du Roy. « En janvier, j’ai vu qu’ils commençaient à raser les pommiers, c’est là que j’ai appris que Cornille avait récupéré les terres », témoigne Sylvie. 65 hectares de verger bio, partis en fumée.

Au total, l’emprise de Cornille dans cette zone du parc naturel régional de Camargue, est de 700 hectares. 700 hectares de terres à l’allure désertique. Sur les sols labourés quatre fois par an, la biodiversité n’a aucune chance de survie. Pas de quartier non plus pour les haies, les arbres, à l’exception des haies de cyprès du Grand Mas du Roy. Pour combien de temps ? Sylvie est pessimiste. « Les cyprès, je leur donne cinq ans, il n’a aucun respect pour la nature, il récupère le moindre morceau de terre. » Entre épandage de boues urbaines, étendues de paillages plastique et serres cathédrales, la terre cultivée par Cornille est asservie aux logiques productivistes. Un modèle intensif qui s’accompagne d’effets environnementaux néfastes bien documentés. « Les effets négatifs (en termes de biodiversité, ndlr) au niveau de la parcelle sont liés à une intensification et à une simplification des pratiques qui modifient les conditions de milieu et se traduisent par des perturbations fréquentes et intenses (fertilisation, traitements pesticides, irrigation et drainage, travail du sol…) », détaille l’Institut national de recherche agronomique (INRA), dans la synthèse d’un rapport d’expertise sur l’agriculture et la biodiversité. « Les conditions de milieu imposées par les pratiques intensives ont éliminé les espèces sensibles aux perturbations et défavorisées par l’enrichissement en nutriments du milieu. La simplification des paysages a supprimé les espèces dépendant essentiellement ou partiellement des éléments semi-naturels ou d’une diversité des cultures. »

 

 

Des outils de régulation impuissants
Ce coin de Camargue n’est pas le seul concerné par sa politique d’expansion dévastatrice. « Il se croit tout permis ! À Tarascon, tu peux pas acheter un terrain, il rachète tout ! » peut-on entendre au comptoir d’un bar tarasconnais. Pourtant, pour éviter les phénomènes d’accaparement des terres, l’État prévoit différents systèmes de contrôle des exploitations. L’outil central de régulation, ce sont les Safer. Elles agissent comme une veille des opérations foncières agricoles d’un territoire donné et disposent d’un droit de préemption qui peut leur permettre de court-circuiter une vente, si celle-ci contrevient au projet d’aménagement local et aux principes de protection des terres agricoles et des paysages. Max Lefèvre, ancien directeur de la Safer PACA, explique : « Dans la lutte contre la concentration des terres, nous sommes très offensifs dans nos préemptions contre de gros agriculteurs qui s’agrandissent et dans nos arbitrages, à l’amiable, 80% de nos attributions vont à des agriculteurs qui ont moins de 170 hectares pondérés. » Mais comme l’explique un rapport d’information à l’Assemblée nationale élaboré en 2018 par la mission d’information commune sur le foncier agricole, « les outils de régulation pensés dans les années 1960 et sans cesse consolidés sont aujourd’hui fragilisés par la progression des formes sociétaires d’exploitation qui échappent au contrôle de la puissance publique, au risque d’un accaparement des terres ». Les agro-industriels qui le souhaitent ont de multiples cordes à leur arc pour échapper à ce contrôle. L’une d’entre elles est de passer par la cession progressive des parts d’un domaine agricole. « Les grosses structures pouvaient aussi nous contourner en achetant des parts sociales de sociétés existantes. » explique Max Lefèvre. « Pouvaient » car depuis 2021, la loi Sempastous a mis en place des leviers d’action contre cette technique de contournement… qui atteignent déjà leurs limites.

Grandir sous les radars de la Safer
C’est l’une des stratégies utilisées par Didier Cornille, comme en attestent les documents notariaux disponibles sur le site pappers.fr (site d’information sur les entreprises). C’est notamment par ce biais qu’il a récupéré les terres du domaine de Mas de Grille. Cette acquisition s’est effectuée en plusieurs étapes. Une première cession a eu lieu en mai 2019 : pour la modeste somme de 670 000 euros, elle dote Justin Cornille de 85% des parts sociales du groupement foncier agricole du mas de Grille, dont le capital était initialement réparti entre quatre membres de la famille Trivella, ancienne propriétaire des lieux. Le document notarial qui en atteste comporte un paragraphe intitulé « information à la Safer ». Il précise que « la cession ne portant pas sur la totalité des parts, la Safer ne bénéficie pas d’un droit de préemption ». Toujours en mai 2019, le gérant, Mauro Trivella, démissionne pour être remplacé par Justin Cornille. Quatre ans plus tard, en janvier 2023, les membres de la famille Trivella cèdent la totalité de leurs parts restantes. À Justin mais aussi à ses parents, Didier et Catherine, qui récupèrent 60 parts chacun. Une cession leur ayant cette fois coûté 118 000 euros.
C’est également ce qui est en train de se jouer au domaine du Denty à Tarascon. L’exploitation agricole appartenait à la famille Lecrosnier. A la suite du décès du gérant, Robert Lecrosnier, Didier Cornille saisit l’opportunité : mettre la main sur les 57 hectares du domaine. Le 28 octobre 2022, l’entreprise cède 90% de ses parts sociales à trois personnes. 6 à Amandine Cornille, une de ses filles, 6 à Justin Cornille et 168 à une personne morale, les Clos du Midi, la société de holding détenue par Didier et Catherine Cornille. 30 parts sociales sont cependant encore entre les mains de différents membres de la famille Lecrosnier. La Safer est alors désarmée. Là aussi, un paragraphe d’information précise qu’elle ne bénéficie pas de son droit de préemption, la cession ne portant pas sur l’intégralité des parts. De plus, ce document atteste de la nomination de Didier Cornille comme nouveau gérant et du transfert du siège social de l’entreprise au Mas de la Chapelette à Saint-Etienne-du-Grès. Le prix de l’opération : 1,5 millions d’euros.

 

 

Un autre élément, spécifique à la région, complique grandement l’accès au foncier agricole : l’envolée des prix des mas provençaux. Lorsqu’un mas et son domaine, donc les terres agricoles, sont en vente, il est très difficile, si ce n’est impossible, pour les agriculteurs plus modestes de réunir la somme nécessaire à l’achat. C’est par contre très facile pour Didier Cornille, qui acquiert le domaine, exploite les terres et réutilise parfois le bâti associé, en logement collectif pour les travailleurs détachés. Ou bien en gîte de luxe, comme il l’a fait avec le Mas de Mauléon, route d’Avignon, ou avec le Mas de la Christine à Maillane. A propos de l’achat de ce mas, Max Lefèvre raconte : « La Safer a fait un appel à candidatures. Nous avons eu des candidatures sur les terres mais pas sur le bâti sauf celle du fils de M. Cornille, jeune exploitant agricole. Nous avons même essayé (ce qui peut être critiquable) de trouver un non agriculteur sur le bâti pour permettre à des jeunes d’accéder au foncier mais nous n’avons trouvé personne. Il est très difficile de trouver un acquéreur susceptible de payer 950 000€ dans un bâti sans maîtriser son environnement immédiat. Le seul candidat agriculteur à vouloir prendre le tout était le fils Cornille. (…) Il faut reconnaître que nous nous heurtons à un problème récurrent (…) Des stars et patrons d’industrie ont racheté les vieux mas à des prix exorbitants (2 voire 3 fois le prix d’une transmission agricole). Les agriculteurs proches de la retraite ont cédé à la tentation, ce qui peut être compréhensible lorsqu’on voit le faible niveau des retraites agricoles. Nous avons tous été complices de ces pratiques, le monde agricole dans son entier et la Safer n’y a pas échappé. » Cet obstacle auquel la Safer se heurte se retrouve dans la synthèse d’un atelier citoyen organisé par la Safer PACA à Arles en septembre 2021. L’une des préconisations formulées était un droit de préemption partiel, « pour acquérir les terres sans bâtiments et ainsi réduire les prix ».

Une dernière stratégie est à l’œuvre au Grand Mas du Roy. Pour l’instant, Didier Cornille a récupéré les terres en fermage. Pour mieux pouvoir acheter ensuite ? Après trois ans de fermage, l’achat des terres par le fermier n’est plus soumis au droit de préemption de la Safer. Une chose est sûre, le domaine n’est pas resté en jachère. Des pompes pour irriguer les terres sont en construction. Les terres ayant accueilli les brûlages quelques semaines plus tôt sont maintenant recouvertes de bâches plastiques de démarrage, pour accélérer la pousse des plants de melons. La production n’attend pas.

Contacté, Didier Cornille n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’entretien.

Clémentine Morot-Sir et Hélène Servel

 

1.“¨Provence, de la 4ème gamme à la 1ère gamme”, reussir.fr, 1er septembre 2016
2. “Salade en sachet, une filière qui se plie en quatre”, pressagrimed.fr, 1er septembre 2022
3. Voir notre dossier “Agriculture : les détachés du droit” sur larlesienne.info
4.“Procès du travail détaché : une fraude à 112 millions et des milliers d’ouvriers sans droits”, marsactu.fr, 17 mai 2021

 


La justice aux trousses : condamnation et enquêtes en cours

A l’été du Covid, en 2020, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait ordonné la fermeture administrative partielle ou totale des Mas du Cast et de la Trésorière. Procédures qui n’ont pas été respectées par le propriétaire des lieux*. La Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, soit l’inspection du travail) des Bouches-du-Rhône avait alors saisi le parquet de Tarascon pour des faits présumés de « traite d’êtres humains commise en échange d’une rémunération ou d’un avantage » mais également de « soumission, par personne morale, de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions d’hébergement indignes » et enfin de « non-déclaration de l’affectation d’un local à l’hébergement collectif ». Quatre ans après, ces procédures sont toujours en cours selon Laurent Gumbau, procureur de la République du tribunal de Tarascon. Sans Didier Cornille et ses possibilités d’hébergement, Terra Fecundis n’aurait jamais pu obtenir des chiffres d’affaires qui ont frôlé les 70 millions d’euros certaines années. Par ailleurs, en février 2022, Didier Cornille a été jugé coupable de faits de violences envers des journalistes d’Envoyé Spécial et condamné à verser 1000 euros d’amende par le tribunal de Tarascon**.

* “L’agriculteur qui logeait ses ouvriers dans des conditions insalubres débouté par la justice”, marsactu.fr, 23 juin 2022
** “Didier Cornille, le propriétaire du Mas de Rey condamné pour violence contre des journalistes”, larlesienne.info, 23 février 2022


790 000 euros de subventions européennes

Si le chiffre d’affaires de Cornille est inconnu, le montant des subventions de la politique agricole commune (PAC) sont des données publiques. Il apparaît que la capacité d’investissement gargantuesque de Didier Cornille est généreusement alimentée par de l’argent public. En 2020, ses sept exploitations agricoles ont perçu un montant total de 790 000 euros. Ces subventions favorisent les grandes exploitations, la majeure partie du montant est calculée en fonction de la taille. Plus il y a d’hectares, plus le montant est élevé. De plus, pour chacune de ces sociétés, entre 1500 et 2600 euros sont alloués au « soutien supplémentaire aux premiers hectares », une aide qui est rendue possible par la subdivision de l’exploitation agricole en entités distinctes. Enfin, elles perçoivent également 176 154 euros d’aide spécifique de « soutien pour les pratiques respectant le verdissement ». Là aussi, le montant est proportionné au nombre d’hectares. Cette aide est accordée sur la base de trois critères : la contribution à un « ratio de prairies permanentes » associée au fait de ne pas retourner les prairies dites “sensibles”, la diversité des cultures et la présence de « surfaces d’intérêt écologique (SIE) » sur l’exploitation, (arbres, haies, bandes tampon…) correspondant à au moins 5% de la surface en terres arables et situées sur ces terres arables ou leur étant adjacentes.


Les brûlages plastiques, entre illégalité, pollution et impunité

 

En février dernier, nous relations le brûlage de tonnes de plastiques sur le domaine du Grand Mas du Roy*. Ces pratiques courantes dans le monde agricole n’en sont pas moins délétères en termes de pollution de l’air et des sols, d’impacts sur la biodiversité et sur la santé humaine. « Après avoir rasé les arbres, il est arrivé avec des camions entiers chargés de plastiques et il a commencé à faire des montons, qu’il a recouverts de branches. Et il a mis le feu à tout ça. » témoigne Sylvie, qui habite à quelques mètres et a dû subir ces feux durant plusieurs jours. « On avait des cendres dans la piscine. On n’a pas appelé la gendarmerie parce qu’on l’avait fait il y a trois ans, personne n’était venu. » En 2021 au mas de Grille, un important brûlage avait déjà eu lieu, mettant d’ailleurs le feu à trois cyprès, dont les troncs calcinés sont encore là pour en témoigner. Concernant les brûlages du début d’année, une plainte a été déposée par France Nature Environnement 13 et PACA. L’enquête est « en voie de finalisation », selon Laurent Gumbau, procureur de la République du tribunal de Tarascon. Jusqu’à présent confortée par l’impunité dans laquelle il y a recours, la pratique du brûlage de déchets semble bien ancrée dans le logiciel Cornille. Début avril, au Mas de Grille, l’Arlésienne est à nouveau tombée sur des tas de cendres encore chauds.

* “Agriculture : une propriété de Cornille transformée en incinérateur à ciel ouvert”, larlesienne.info, 13 février 2024


Safer, outil de régulation du foncier agricole

Les Safer, sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, existent depuis 1960. Établissements publics à caractère administratif, les Safer sont des sociétés anonymes sans but lucratif sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Elles remplissent les missions d’intérêt général et doivent « contribuer à un aménagement durable de l’espace rural » « en attribuant les biens acquis à des candidats, privés ou publics, dont les projets s’inscrivent dans les politiques publiques, de l’échelle européenne au niveau local, et pour réaliser des ouvrages d’intérêt général. » Ces attributions se font au sein de comités techniques, composés de représentants d’organisations agricoles, des collectivités territoriales et de l’État.


Des collectifs paysans contre l’accaparement des terres

L’accaparement des terres par ce modèle agricole est vivement dénoncé par des collectifs paysans, défenseurs de l’agroécologie. « Le modèle agro-industriel pousse à l’agrandissement, qui lui-même incite en retour à l’adoption de pratiques agro-industrielles » explique l’association “Les Amis de la Terre” dans son texte “La terre aux paysans”. Face à ce phénomène, ils défendent une mesure de plafonnement du nombre d’hectares par personne. « La terre est vitale pour nous nourrir et existe en quantité limitée. Il a été démontré que l’agrandissement des exploitations est associé à une simplification des pratiques agricoles et des paysages, impactant lourdement la biodiversité. Cet agrandissement (des exploitations, ndlr) se fait au détriment de la polyculture-élevage et pousse à la spécialisation des exploitations dont le modèle dépend dès lors de pesticides et d’engrais et dont la consommation énergétique et l’impact climatique sont insoutenables. Le partage de la terre relève donc de la nécessité publique. » D’autres collectifs, comme Terre de liens, s’organisent pour permettre à d’autres modèles agricoles, paysans, biologiques, en circuit-court, de se développer en accompagnant de jeunes agriculteurs dans l’accès aux terres.


 


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