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Les purges associatives de l’extrême droite et ceux qui en profitent à Beaucaire

L’extrême droite au pouvoir à Beaucaire a réalisé une purge associative depuis son arrivée en 2014. Une politique qui ne prend pas en compte les réalités du territoire, bloque les politiques envers les plus précaires et favorise ses soutiens.

« Si ces personnes ont besoin de soutien parce qu’elles ne parlent pas le français, ce n’est pas mon problème, ce n’est pas à nous de payer », argumentait1 Julien Sanchez dès son arrivée à la tête de la ville du Rassemblement national. En 2014, l’extrême droite applique une grande purge dès son arrivée. Terminée la subvention à la Ligue de l’enseignement et sa Maison du vivre ensemble. Cette structure organisait du soutien scolaire et recevait en 2013, 33 185 euros de la Mairie. Puis plus rien. Comme pour la Mission locale, structure d’accompagnement dédiée aux jeunes âgés de 16 à 25 ans qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle et sociale, de 11 000 euros à rien. Entre 2013 et 2015, les subventions aux associations dans le cadre de la politique de la ville, c’est-à-dire les actions qui visent les plus précaires, sont passées de 81 195 à 24 185 euros pour ne plus jamais remonter. C’est de cette manière que l’idéologie anti-immigration et anti-étrangers de la Mairie s’est manifestée. Par amalgame des plus précaires avec les immigrés.

À bas l’insertion et les soutiens
À propos de la politique de la ville, Julien Sanchez, le maire de Beaucaire, également élu à la région Occitanie, affirmait en 2015 en conseil régional que « ces dispositifs sont des primes à la voiture volée », visant à envoyer « des gamins en voyage en Espagne ». Un an après son élection, le magazine municipal annonçait que « la Mairie ne finance pas d’associations communautaristes et ne finance plus d’associations politisées comme c’était le cas auparavant »2. Résultat : « une mise à mort sociale des associations engagées dans ce dispositif, nombre d’actions ont disparu à Beaucaire. Faute de financement, des postes d’animateurs et de médiateurs de rue ont été restreints, voire supprimés, des activités culturelles ont été rayées de la carte beaucairoise, des lieux d’accueil des familles ont été fermés », analyse le chercheur et auteur Hacène Belmessous dans son livre enquête : Les laboratoires de la haine : enquête sur la face cachée du frontisme municipal.

Autre exemple de destruction d’actions socio-culturelles envers les habitants : la disparition du Relais jeune. C’était un service municipal dédié aux adolescents qui, selon les acteurs de terrain « marchait bien pour encadrer les jeunes, leur proposer des activités ». Le Relais était « porté par des animateurs de la Mairie », se souvient une personne historique de l’action sociale de la ville. « Sur le gymnase attenant au local du Relais, les jeunes avaient réalisé une fresque avec des drapeaux de différents pays et de blasons de club, il y avait des drapeaux comme celui de l’Algérie, du Maroc, la Mairie s’est empressée de repeindre par-dessus. » Voilà l’ambiance.

La municipalité a au moins la courtoisie d’annoncer la couleur : bleu blanc rouge. Et que rien ne dépasse ! Depuis l’arrivée de l’extrême droite, les drapeaux italiens et belges des villes jumelées ont été enlevés autour du port de plaisance du canal. Depuis début 2025, le panneau d’entrée de ville a été bonifié par un message d’accueil comme une profession de foi de politique culturelle : « Ici, on défend notre identité, notre drapeau, nos traditions, notre agriculture. » Se défendre contre qui, contre quoi ? Les électeurs bercés dans la haine de l’étranger font le reste du chemin dans leur tête. Pourtant, la ville est historiquement un territoire d’accueil pour la main-d’œuvre étrangère, notamment nécessaire aux récoltes de « notre agriculture » provençale3. En guise de soutien à l’agriculture. D’un côté la Mairie organise le week-end du terroir avec le discours de « soutenir et valoriser le savoir-faire français » comme l’annonçait le maire Sanchez à sa création en 2018. De l’autre, pour les petites mains indispensables, la Mairie envoie sa police à la chasse. Le 1er juillet dernier, une scène surréaliste a eu lieu au Pré, l’immense parking gratuit le long du Rhône. En pleine saison des récoltes, de nombreux travailleurs saisonniers venus d’Espagne n’arrivent pas à se loger dignement et dorment dans leur voiture. Entre 22 h et minuit trente, la police « est venue systématiquement les déloger », se souvient un témoin assis à la terrasse du Chalet, l’établissement qui donne sur le parking. Pourtant, il n’existe aucune loi qui interdit de dormir dans sa voiture en France. « On dirait qu’ils prennent plaisir à aller contre la population de la ville », remarque ce témoin.

Le chef de la police municipale est également bien vu par la municipalité pour son activité associative. Laurent Colombeau est également président d’Action défense Bushido Académie. Depuis l’arrivée de l’extrême droite, son association reçoit des subventions tous les ans (2 000 euros en 2024) et s’est vue gratifiée d’une salle flambant neuve en 2019. L’association organise des formations de self-défense, notamment auprès de Pôle emploi. Une autre vision de la prévention.

 

Vive les assos des élus
Le volume global de subventions aux associations n’a pas changé radicalement. De 2013, dernière année de plein exercice de la précédente municipalité, à 2024, dernier exercice de l’extrême droite analysable, le montant total est passé de 585 458 à 518 734 euros, soit une baisse de 12,4 %. Les clubs de sports de combat subventionnés, visiblement à la mode dans la ville, eux, sont passés de deux en 2013 pour 2 600 euros, à sept pour 12 250 euros en 2014.

Autre hausse significative, l’association Les chats libres de Beaucaire dont la responsable, Eliane Hauquier est la conseillère municipale déléguée aux animaux de compagnie. Depuis qu’elle est élue, l’association tourne autour de 3 000 euros de subventions contre 250 auparavant. Le Harley Davidson club gladiator Ugernum est aussi un des grands gagnants du changement. Il bénéficie d’un local spacieux situé en face de l’hôtel de ville. Le tout à titre gracieux et ce depuis 2016, reconduit en 2021. Son président n’est autre qu’Alberto Camaione, conseiller municipal adjoint au commerce depuis 2020. Les 1er mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire d’une culture venue d’ailleurs et de drapeaux étrangers. Mais ceux-là ont l’avantage d’être aussi bleu blanc rouge.

Eric Besatti

1. Le Figaro, 2 février 2015

2. La face cachée du frontisme municipal, Hacène Belmessous, 2019, éditions Demopolis.

3. “Marocains, Sénégalais, Équatoriens… Ces travailleurs étrangers qui ramassent nos pêches françaises”, Reporterre.net, 30 juillet 2020.

 


Ce travail a été réalisé dans le cadre d’une enquête collective sur la casse sociale et associative des mairies d’extrême droite par des équipes de journalistes du sud-est et leurs médias : Le Poing, la Marseillaise, le Collectif Presse-Papiers. Un travail soutenu par le Fonds pour une presse libre. Nous vous tiendrons informés des enquêtes de nos collègues via notre bulletin numérique et notre site internet.

Article également publié dans l’Arlésienne n°25, automne 2025 au sein d’une série d’article sur la gestion d’extrême droite de la ville de Beaucaire.

Beaucaire : l’extrême droite contre la population p. 18.
. Le RN ferme la porte aux commerces indésirés p. 20.
. Les purges associatives de l’extrême droite et ceux qui en profitent p. 26.
. Face à la presse, l’opacité p. 28.
. Beaucaire, la gamelle des identitaires p. 30.
. Pour Noël, une crèche à tous prix p. 31.
. Sous couvert de laïcité, une cantine qui discrimine p. 32.


Cet article est en libre service, mais a demandé du temps de travail.

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