Beaucaire sous l’extrême droite : les purges associatives et ceux qui en profitent
Photo : Le local des Gladiator Ugernum est prêté à titre gracieux par la mairie. Le président de l’association n’est autre que l’adjoint aux commerces.
L’extrême droite au pouvoir à Beaucaire a réalisé une purge associative depuis son arrivée en 2014. Une politique qui ne prend pas en compte les réalités du territoire, bloque les politiques envers les plus précaires et favorise ses soutiens.
Eric Besatti / l’Arlésienne
Sommaire de l’enquête collective « Couper, contrôler faire taire ».
« Si ces personnes ont besoin de soutien parce qu’elles ne parlent pas le français, ce n’est pas mon problème, ce n’est pas à nous de payer », argumentait dans le Figaro le maire RN Julien Sanchez dès son arrivée à la tête de la ville. En 2014, l’extrême droite applique immédiatement une grande purge dans le milieu associatif. Terminée la subvention à la Ligue de l’enseignement et sa Maison du vivre ensemble. Cette structure organisait du soutien scolaire et recevait en 2013, 33 185 euros de la Mairie. Puis plus rien. Comme pour la Mission locale, structure d’accompagnement dédiée aux jeunes âgés de 16 à 25 ans qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle et sociale, de 11 000 euros à rien. Entre 2013 et 2015, les subventions aux associations dans le cadre de la “politique de la ville”, c’est-à-dire les actions qui visent les plus précaires, sont passées de 81 195 à 24 185 euros pour ne plus jamais remonter. Contactée, la mairie n’a pas répondu à nos questions.
À bas l’insertion
À propos de la “politique de la ville”, Julien Sanchez, le maire de Beaucaire, également élu à la région Occitanie, affirmait en 2015 en conseil régional que « ces dispositifs sont des primes à la voiture volée », visant à envoyer « des gamins en voyage en Espagne » selon le Midi Libre du 21 février 2015. Un an après son élection, le magazine municipal annonçait la nouvelle politique générale : « la Mairie ne finance pas d’associations communautaristes et ne finance plus d’associations politisées comme c’était le cas auparavant », cite le le journaliste et chercheur Hacène Belmessous dans son livre enquête : Les laboratoires de la haine : enquête sur la face cachée du frontisme municipal. Résultat : « une mise à mort sociale des associations engagées dans ce dispositif, nombre d’actions ont disparu à Beaucaire. Faute de financement, des postes d’animateurs et de médiateurs de rue ont été restreints, voire supprimés, des activités culturelles ont été rayées de la carte beaucairoise, des lieux d’accueil des familles ont été fermés », analyse le chercheur.
Autre exemple de destruction d’actions socio-culturelles, la disparition du Relais jeune, un service municipal dédié aux adolescents qui « marchait bien pour encadrer les jeunes et leur proposer des activités », se souvient un travailleur historique de l’action sociale. « Sur le gymnase attenant au local du Relais, les jeunes avaient réalisé une fresque avec les drapeaux de différents pays et de blasons de club, il y avait des drapeaux comme celui de l’Algérie, du Maroc. la Mairie s’est empressé de repeindre par dessus. »
Vive les assos des élus
D’autres pratiques sont quant-à-elles nouvellement soutenues par la mairie. Action défense bushido académie, l’association animée par le chef de la police municipale Laurent Colombeau reçoit des subventions tous les ans (2 000 euros en 2024) et s’est vue gratifiée d’une salle flambant neuve en 2019.
Le volume global de subventions aux associations n’a pas changé radicalement. De 2013, dernière année de plein exercice de la précédente municipalité, à 2024, dernier exercice de l’extrême droite analysable, le montant total est passé de 406 889 à 343 389 euros, soit une baisse de 15,61%. En revanche, l’augmentation est sensible pour les clubs de sports de combat subventionnés, qui eux, sont devenus à la mode dans la ville. En l’espace de deux mandats, ils sont passés de trois en 2013 pour 3 600 euros, à sept pour 10 250 euros en 2024. Autre hausse significative, l’association Les chats libres de Beaucaire dont la responsable, Eliane Hauquier est la conseillère municipale déléguée aux animaux de compagnie. Depuis qu’elle est élue, l’association tourne autour de 3 000 euros de subventions contre 250 auparavant. Le Harley Davidson club gladiator Ugernum est aussi un des grands gagnants du changement. Il bénéficie d’un local spacieux situé en face de l’hôtel de ville. Le tout à titre gracieux et ce depuis 2016, reconduit en 2021. Son président n’est autre qu’Alberto Camaione, conseiller municipal adjoint au commerce depuis 2020. Les 1er mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire d’une culture venue d’ailleurs et de drapeaux étrangers. Mais ceux-là ont l’avantage d’être aussi bleu blanc rouge.
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