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Tarascon. À son arrivée, le RN se venge des voix dissonantes

Tarascon. À son arrivée, le RN se venge des voix dissonantes

À la tête de la commune de Tarascon depuis trois mois, le maire Rassemblement national Alexandre Ducouret et son équipe font déjà grand bruit. Entre les coupes dans les subventions à certaines associations, dont le centre social, et les piques envoyées aux opposants sur les réseaux sociaux par le premier adjoint, la méthode tarasconnaise se dévoile, visant les voix critiques.

La température a été rapidement prise. Après la victoire de la liste Rassemblement national (RN) aux municipales de Tarascon, les habitants ont pu découvrir en plus des premières mesures, les méthodes de la nouvelle Mairie. Des méthodes visant notamment celles et ceux qui ont pu être du côté de la liste d’opposition de Fabien Bouillard, défaite en mars 2026.

Le ton était donné seulement deux semaines après le scrutin victorieux pour la liste d’extrême droite. Une semaine avant son festival prévu les 11 et 12 avril, l’association tarasconnaise Femmes souveraines s’était vu refuser un prêt de matériel par la municipalité. Un prêt pourtant accordé par l’ancienne majorité, en février, avant les élections.

Informée par un mail des services municipaux le 3 avril, la présidente de l’association Justine Martinez, s’explique ce retournement par « un contre-ordre de la Mairie », et du maire, Alexandre Ducouret. Une décision éclaircie peu après sur les réseaux sociaux par le nouveau premier adjoint Olivier Debicki, à coup de commentaires échangés avec Justine Martinez, qui faisait partie de la liste perdante de Fabien Bouillard. Expliquant que « les moyens de la collectivité ne se sollicitent pas au gré des circonstances », l’adjoint, qui était son ancien collègue pompier, rappelait surtout les oppositions lors de la campagne : « Tu as été particulièrement critique à l’égard de notre liste » ou encore « Tu as utilisé le cadre associatif pour relayer des prises de position qui relevaient directement du débat électoral ».

Si l’association a finalement pu maintenir son festival, le fait de cibler les anciens adversaires à la liste RN n’est pas un cas isolé. Après les célébrations du 8 mai, c’est la conseillère municipale d’opposition et soprano Cécilia Arbel qui a été la cible d’une polémique, amorcée par un commentaire Facebook du premier adjoint. Après l’interprétation de La Marseillaise par la chanteuse dans le cadre des hommages du 8 mai, Olivier Debicki lui a reproché d’avoir « modifié volontairement les paroles » de l’hymne et de « hurler » plutôt que de chanter. Pour le premier adjoint, celle-ci aurait changé : « vos fils et vos compagnes » en « vos filles et vos compagnes » ; un point que contestent la soprano et plusieurs personnes présentes sur place. Reste que ce commentaire et les réactions en chaîne, ont « choqué » Cécilia Arbel, qui dit « n’avoir toujours pas eu d’excuse publique d’Olivier Debicki ».

Le centre social ciblé sous un prétexte politique
Parmi les premières mesures marquantes de la nouvelle mairie RN : la baisse du montant des subventions attribuées par la Mairie à certaines associations. Avec dans certains cas, comme raison officieuse, la présence des responsables sur la liste perdante face au RN. Lors du conseil municipal du 13 mai, la majorité d’Alexandre Ducouret a attribué un total de 430 850 euros aux différentes associations de la commune. Un montant en baisse de 63 920 euros par rapport à l’année précédente, symptomatique de la gestion municipale des mairies RN.

Des choix et des coupes dans les subventions justifiées par « l’intérêt général » et « la responsabilité de garantir que chaque euro investi par la collectivité serve réellement les Tarasconnaises et les Tarasconnais », selon l’adjoint aux associations, Damien Richard, lors du conseil municipal du 13 mai. Mais derrière cette baisse générale, l’association Tarascon espace emploi famille (Teef) a été particulièrement touchée. Gestionnaire du centre social de la ville depuis 2016, Teef a vu ses subventions municipales être réduites de moitié par rapport à l’année 2025, passant de 40 000 à 20 000 €. Parmi les arguments de la majorité avancés en conseil municipal, Teef percevrait déjà « 950 000 € de subventions nationales, départementales, de l’ACCM et de la
CAF ».

Directrice de Teef, Rodica Rapcea rappelle que la stabilité financière de l’association n’est pas mise en jeu. « En 2025, notre budget de fonctionnement avoisinait les 1,2 millions d’euros », explique la directrice, avant de détailler l’origine du budget. « En réalité, notre budget ne dépend pas de subventions mais de marchés publics de l’ACCM et du Département, qui correspondent à 700 000 euros. Puis on répond à des appels à projets ». Pourtant, ce sont des raisons politiques qui ont guidé la décision de la municipalité selon Henri Niederoest, président de Teef. « Lors de notre rendez-vous le 12 mai avec le maire, celui-ci nous a reproché de faire de la politique en soutenant la liste de Fabien Bouillard ». Une posture confirmée quelques jours plus tard par un post Facebook du premier adjoint Olivier Debicki, en réaction à un article de La Provence. Celui-ci accusait le manque de neutralité des deux responsables de l’association, qui à titre personnel, avaient apporté leur soutien à la liste de l’opposition. « Teef est restée neutre pendant la campagne, les fonds associatifs n’ont pas été utilisés ! s’insurge son président, il faut faire la part des choses : dans notre travail on est neutre mais dans notre vie individuelle, on a nos opinions ! » Avant de conclure, inquiet : « Ce sont des pressions pour faire couler le centre social. Le RN, le social, il n’en veut pas ».

Fusionner pour mieux régner ?
Pour d’autres associations, les baisses ont eu un effet radical. Fondé en 1953, le Tarascon Football Club a vu ses subventions baisser de 40 000 à 18 000 euros par rapport à 2025. Le montant de 2026 avait par ailleurs été versé en tant qu’avance en janvier par l’ancienne municipalité.  Pour le club et ses 180 adhérents, dont 150 jeunes, la solution sera donc de se rapprocher du deuxième club de la ville, le Sporting Club Tarascon (SCT). Actuellement coprésidé par Yacine Allami, présent sur la liste électorale de Fabien Bouillard, le SCT a aussi été victime d’une baisse de 12 100 euros de subventions cette année. Deux coupes faites dans l’objectif d’aboutir à une fusion des deux clubs, expliquait Damien Richard lors du conseil municipal : « notre choix est clair : structurer, rassembler et élever le niveau ». À eux deux, les clubs de football ont perdu 55% de leurs subventions par rapport à 2025.

Mais les subventions ne sont pas le seul moyen de pression de la municipalité. Festivité mêlant chaque mois de juin fête de quartier et musique gipsy, la Fête du cordage a aussi été affectée par la politique de la Mairie. Chaque année, la Mairie finance et coorganise le weekend de festivité avec un prestataire. Et habituellement, c’était David Mario Reyes, musicien du groupe des Gipsy Kings d’André Reyes, qui en était chargé. Si la Mairie s’occupait habituellement de l’installation de la scène et des barnums, le Gipsy man était « de manière non officielle le directeur artistique du festival », décrit Cécilia Arbel, élue d’opposition. « Il s’occupait des cachets des artistes et de l’apport de matériel, de sons et lumières ». Mais dans un post publié le 18 mai sur Facebook, celui ci a annoncé ne plus être de la partie. « Après plus de 25 années consacrées à l’organisation de la Fête du cordage, aujourd’hui, c’est officiel : je ne fais plus partie de cette belle aventure ». Une décision « qui me rend profondément triste », détaille-t-il, expliquant ainsi « laisser la place à la nouvelle municipalité ». Pour Cécilia Arbel, ce départ provient de la volonté du maire. « La nouvelle Mairie a fait savoir qu’elle ne voulait pas du tout travailler avec Mario et elle aurait favorisé d’autres personnes très proches de l’équipe municipale ». Un choix qui interroge, quand on sait que Mario Reyes était lui, membre de la liste de Fabien Bouillard lors des élections. Questionnée sur ce départ, la Mairie n’a pas donné suite. Au-delà de la réduction de soutiens financiers, le premier trimestre de la Mairie RN ne rassure pas certains habitants, sans pour autant créer de surprise. « Depuis plus de dix ans on voit ce qu’il se passe chez les voisins », confie Henri Niederoest. .

Nicolas Malarte

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