Affaire Malarte-Ville d’Arles : Patrick de Carolis visé par une plainte pour corruption
Dans une plainte déposée au Tribunal judiciaire de Tarascon le 11 mars 2026, le maire d’Arles est mis en cause pour corruption dans une affaire mêlant des dirigeants de l’Athlétic club arlésien et deux de ses colistiers pour l’élection municipale. Selon la plainte, le maire aurait proposé l’annulation de la préemption du bâtiment du café-restaurant le Malarte en échange du départ de dirigeants du club de foot.
Les élections sont-elles un moment où les langues se délient ? À quelques jours du premier tour des élections municipales, une plainte a été déposée auprès du procureur de la République du Tribunal judiciaire de Tarascon à l’encontre du maire d’Arles Patrick de Carolis. La plainte que nous avons pu consulter, datée du 10 mars 2026 et déposée le 11, reproche au candidat sortant des faits de corruption, « au sens de l’article 432-11 du code pénal ».
Déposée par Christophe Fouiller, un des deux patrons du Grand café Malarte et d’autres établissements de restauration, la plainte met en cause le maire qui aurait exercé des pressions dans le but de faire partir deux personnes aux manettes de l’Athlétic Club Arlésien (ACA) : Sofiane Boualem le président et Romain Djefaflia, « vice président » de l’association selon le premier. Le lien avec Christophe Fouiller ? « Je suis au bureau exécutif et je donne un coup de main financier », répond le principal intéressé.
Christophe Fouiller, c’est aussi un commerçant de la place arlésienne qui souhaite acheter les murs du Malarte et son immeuble, mais qui s’est heurté au droit de préemption de la mairie. La préemption ? Un droit des collectivités qui leur permet d’acheter en priorité des biens immobiliers sur une zone définie, quand bien même un accord était passé avec un autre acheteur. Ce droit est strictement encadré et ne doit pas, évidemment, servir de monnaie d’échange ni permettre un chantage. Le dépôt de plainte questionne notamment l’utilisation de ce droit par le maire et deux de ses colistiers.
Forcer le remplacement
La plainte s’appuie sur des enregistrements pirates illégaux de deux conversations, pourtant retranscrites par un commissaire de justice pour le dépôt de plainte. Le premier enregistrement concerne un rendez-vous du 27 décembre 2025 entre Christophe Fouiller, Romain Djefaflia et Sofiane Boualem, avec Patrick Chauvin, ancien premier adjoint à la Mairie sous le mandat Schiavetti et désormais colistier de Patrick de Carolis.
Le deuxième rendez-vous a lieu le 30 janvier 2026 dans les locaux de l’ACA, avec Romain Djefaflia, Sofiane Boualem, Patrick Chauvin et Cyril Juglaret. Lors de cette discussion mentionnée dans la plainte, l’ancien président de l’ACA Patrick Chauvin entend jouer l’entremetteur. « [Le maire] ne veut pas le club ; il ne veut plus que vous y soyez », lance-t-il à Romain Djefaflia et Sofiane Boualem.
Questionné sur l’objectif de ces échanges, le maire n’a pas donné suite à nos demandes. Patrick Chauvin et Cyril Juglaret eux n’ont pas souhaité répondre sur ce point précis, ne souhaitant pas « alimenter une machination de dernière minute contre la liste du maire-candidat ».(1)
Le Malarte en échange des têtes de l’ACA
C’est à ce moment que le rachat des murs du Malarte par la Mairie rentre dans l’histoire. Selon la plainte, lors de l’entrevue du 27 décembre 2025, Romain Djefaflia évoque le souhait du maire « pour nous l’enlever [le club, NDLR] ». Information que confirme un Patrick Chauvin. « Oui, bien sûr que oui ». Romain Djefaflia rappelle ensuite à ses interlocuteurs un appel récent avec le maire : « il vient de m’appeler pour me dire qu’il préemptait plus le Malarte si on trouvait une solution pour le club. (…) Est-ce que tu trouves que c’est normal ? ». Et Patrick Chauvin de répondre : « Non mais il n’y a rien de normal dans tout, donc il n’y a rien de normal. Moi j’essaie pour que les choses s’apaisent dans l’intérêt de tout le monde ». Selon la plainte, ce sont ces éléments qui caractériseraient la corruption.
La préemption mentionnée, renvoie à la décision n°2025-87 de l’Etablissement Public Foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur (EPF) du 17 décembre 2025. Cette décision, initiée par le maire d’Arles le 16 décembre, a stoppé le processus de vente des parcelles AE 422 et 423, qui englobent l’immeuble du 15 rue du Cloître, l’ancien cercle de jeu aujourd’hui à l’abandon et du bâtiment du boulevard des Lices exploité par le Grand café Malarte. La Mairie s’en porte donc acquéreur à la place de la SCI des Lices détenue par Christophe Fouiller avec un autre associé. Un droit de préemption parfaitement légal qui annule donc la vente prévue depuis le 11 juillet 2025.

Les parcelles 422 et 433 de la section AE sont les deux sections concernées par le droit de préemption de la mairie. Capture d’écran du cadastre au 12 mars 2025
Si Christophe Fouiller explique faire partie du « bureau exécutif » de l’ACA, Romain Djefaflia et Sofiane Boualem sont ceux qui seraient les cibles du maire selon la plainte. Contacté, Christophe Fouiller estime « que [le maire] fait un amalgame » entre lui et eux. Le 16 février 2026, le copropriétaire du Grand Café avait exercé un recours gracieux adressé à la mairie d’Arles ainsi qu’à l’EPF pour contester la préemption. Recours resté pour l’heure lettre morte.
Questionné sur la justification de l’usage du droit de préemption et d’une potentielle annulation de celle-ci, le maire n’a pas souhaité réagir à nos sollicitations. Tout comme Patrick Chauvin sur ce dernier point. Selon la décision de l’EPF, la préemption serait justifiée par la volonté de la Ville d’atteindre les « objectifs identifiés au Programme Local de l’Habitat 2025-2030 » en matière de création de logements, notamment sociaux. Ce bâtiment de 713m² pourrait permettre la « production d’un programme d’environ six logements ».
« Et même de l’argent de la ville s’il le faut »
Autre élément qui interpelle dans le dépôt de plainte, un extrait de la discussion du 30 janvier 2026, où de l’argent public est évoqué pour « rembourser » Romain Djefaflia et Sofiane Boualem. Les retranscriptions sont parcellaires, impossible pour nous de savoir de quoi les dirigeants voudraient être remboursés. Peut-être des investissements qu’ils auraient fait à titre personnel dans le club ?
Patrick Chauvin : « Je vous rembourse. »
Romain Djefaflia : « Qui nous rembourse ? »
Patrick Chauvin : « Pas besoin de savoir. »
Cyril Juglaret : « Des gens qui viennent investir dans le club et ça crée la balance. »
Patrick Chauvin : « Et même de l’argent de la Ville s’il le faut, parce que je peux faire un racket aussi là-bas. »
Une mention de l’argent public qui fait écho à la situation tendue entre l’ACA et la Mairie. Selon un communiqué publié sur Facebook le 10 mars 2026, les dirigeants du club acéiste disent faire face à un « blocage inexpliqué du versement de la subvention allouée au club » par la Mairie. Alors qu’une subvention d’acompte pour l’année 2026 de 67 500 € avait été votée en conseil municipal le 18 décembre 2025, elle n’a toujours pas été versée. Sur ce point, le maire n’a pas répondu non plus.
Un conflit de long terme
Il y a quelques mois, le torchon avait déjà brûlé entre les dirigeants de l’ACA et la Mairie. Les premiers avaient consommé leur subvention annuelle de 135 000 euros dès le mois de septembre et déclaraient « On est à zéro aujourd’hui », dans les colonnes de La Provence par l’intermédiaire de Romain Djefaflia, le 30 septembre 2025. Pourtant cette subvention était d’un niveau similaire aux années précédentes. La mairie rétorquait alors que Romain Djefaflia s’exprimait sans avoir de mandat puisqu’il était radié à vie de la Fédération française de football.
Sofiane Boualem et Romain Djefaflia sont également fonctionnaires à la communauté d’agglomération ACCM et délégués syndicaux CGT. Dans l’article « Menaces de mort », page 23 du numéro 26 de l’Arlésienne actuellement en kiosque, Mandy Graillon, l’élue aux déchets de l’ACCM, témoigne d’un système de pression et d’une menace de mort qui se sont déroulées pendant le mandat de la part d’un responsable du syndicat CGT ACCM.
Depuis 2024 et leur arrivée dans l’équipe dirigeante de l’ACA, Sofiane Boualem et Romain Djefaflia ont fait le vide. Ces derniers ont changé les formateurs, les entraîneurs et certains encadrants du club, comme nous le racontions en décembre 2024 pour un article sur un projet étonnant de complexe sportif. En décembre dernier, l’assemblée générale qui a vu l’élection de Sofiane Boualem a été particulièrement houleuse comme le raconte La Provence.
L’Athlétic Club Arlésien, premier club de foot de la ville avec plus de 500 licenciés est visiblement la cible d’enjeux politiques. Après ce dépôt de plainte, une enquête de police pourrait être ouverte pour potentiellement aboutir à des poursuites. Mais cela, bien après les deux scrutins des 15 et 22 mars 2026.
Eric Besatti et Nicolas Malarte
Boîte noire :
Nous avons tenté de joindre par mail le maire Patrick de Carolis ainsi que son cabinet, en lui adressant plusieurs questions. Nous n’avons pas reçu de réponses.
(1)Nous avons contacté Patrick Chauvin et Cyril Juglaret pour leur poser plusieurs questions. Ces derniers n’ont pas répondu expressément à celles-ci mais nous publions leur réponse commune ici : « Nous ne sommes pas là pour alimenter une machination de dernière minute contre la liste du maire-candidat, dont l’unique objectif est de troubler le processus électoral de ce dimanche ».
Cet article est en libre service, mais a demandé du temps de travail.
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