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Arles, un premier tour avant le prochain

Arles, un premier tour avant le prochain

Avec un Patrick de Carolis à 26%, un Nicolas Koukas à 21%, un Cyril Juglaret à 15% et un David Grzyb à 10 % qui a déjà décidé de se retirer, un duel ou une triangulaire se profile. Mais quand ? Personne ne le sait après ce premier tour lunaire.

« Ah ce que c’est bon, de se faire astiquer les panisses, ah ce que c’est bon de se faire taquiner le goujon », depuis son fauteuil roulant et son enceinte, Nadine fait cracher « la playlist des chansons paillardes ». A 19h, il règne comme une ambiance surréaliste sur le parvis de l’hôtel de ville pendant que les résultats s’affichent progressivement sur l’écran géant de la salle des Pas perdus. Les abstentionnistes écrasent la compétition avec 53,42% contre 36,71% en 2014. Coronavirus et incrédulité obligent, seuls 17 418 Arlésiens sur les 37 395 inscrits sont allés votés.

Pourtant, plus tôt dans la journée, les flâneurs déambulaient sur les quais, les jeunes à roulettes squattaient la place de la République, les bancs manquaient. Mais à 18h, alors que les urnes se vident, les rues de la ville sont quasi désertes. Seule reste une petite poche de vie, à l’intérieur de la mairie. Une quatre-vingtaine de personne se salue par des coucoudes, des  »bouljours », des poings ou pieds tapés. Il y a même deux jeunes femmes qui se font la bise : « Arrête t’es folle, on va se faire mal voir. » C’est que depuis le marché de la veille et l’annonce de la fermeture « de tous les lieux recevant du public non indispensables à la vie de la nation » par Édouard Philippe, les Arlésiens font plus gaffe, même si le mètre de distance réglementaire est allégrement transgressé.

Le temps passe et les résultats finaux tombent. Sur les voix exprimées, Patrick de Carolis (Bâtir le grand Arles) affiche 26,41%, Nicolas Koukas (Le parti des Arlésiens) est cinq points derrière avec 21,16%. En troisième position, c’est la grosse déception pour Cyril Juglaret (Arles ensemble) investi par Les Républicains avec 15,32%. David Grzyb (Des avenirs à partager), divers gauche, passe la barre des 10% et Jean-Louis Limonta, le candidat fantôme du Rassemblement national ne récolte que 8,5% alors que Pierre Chenel, le précédent candidat du parti lepeniste réalisait 24,35% en 2014. Énorme surprise. Les voix du Front national se sont reportées ailleurs… A droite ?

Autre surprise, les écolos citoyens de Changeons d’avenir, après quelques mois d’existence politique, accueillent 8,31% des suffrages. Derrière, Monica Michel, députée LREM apprend à ses dépends qu’une élection municipale ne peut être comparée avec les autres. Alors qu’elle réalisait 29,78% au premier tour des législatives en 2017, elle dégringole à 4,93% des voix. Même pas de quoi rembourser ses frais de campagne. Aimer Arles coûte cher. Pareil pour Arles en commun (3,24%) de la France insoumise et du NPA qui tablait sur un score proche des 8,77% réalisées pour les européennes de 2019. En queue du peloton des 10 candidats, Stéphane Hédouin, d’Arles citoyenne (1,29%) et Guy Dubost, Lutte ouvrière (0,52%) ferment la marche.

David Grzyb a annoncé devant ses soutiens qu’il quittait la vie politique.

La despedida de David Grzyb

« Je quitte la vie politique arlésienne ». Il est 19h45 et David Grzyb vient de prononcer sa jospinade devant ses soutiens dans son local de campagne. Arrivé quatrième, il était en mesure de se maintenir, mais fidèle à ce qu’il avait annoncé : « Je ne ferais alliance avec personne, je ne serais le premier adjoint de personne, si je n’ai pas le manche de l’avion, je rentre à la maison ». Il rentre donc à la maison après 25 ans de vie politique arlésienne. Pour lui, les Arlésiens ont choisi. « 25 ans pour 10%… Combien de temps il faut que je fasse pour atteindre 50% ? » En cas de nouveau premier tour, il n’est plus motivé pour tout recommencer, « ça fait deux ans que je travaille et détaille mon programme ». Il promet d’accompagner certains de ses colistiers à s’engager sur des autres listes en fonction des opportunités. « Mais pour ma part, c’est fini ». A gauche, David Grzyb se retirant, c’est mathématiquement Nicolas Koukas qui devrait bénéficier d’une certaine proportion de ses voix au premier tour.

Qui pourra être maire ?

Avec un Rassemblement national qui ne passe pas le premier tour, l’électorat de droite évite de se diviser en trois. Reste deux listes, celle de Patrick de Carolis (soutenu par Agir, la frange macroniste des Républicains) et Cyril Juglaret investi par Les Républicains. Les deux listes pèsent à elle deux 41,73%. Si l’on ajoute l’extrême droite, cela donne 50,23%. Et avec Monica Michel, c’est 55,16% que récolte l’extrême droite, la droite et son centre. Certes, les reports de voix ne sont pas automatiques, mais l’ordre de grandeur est celui-là. A gauche, en additionnant Nicolas Koukas (PS+PC), David Grzyb (divers gauche) et Cyril Girard (écolo citoyen, soutenu par les Verts) on tombe sur 39,77%. Avec l’extrême gauche (FI+NPA, Lutte ouvrière), cela donne 43,53%.

Bref, on peut retourner les chiffres dans tous les sens, grossièrement, Arles balance à droite (55-45%), mais peut rester à gauche au bénéfice d’une triangulaire. En clair, Cyril Juglaret a les clés de l’élection. S’il se retire, il proposera un duel qui s’annonce serré entre Nicolas Koukas et Patrick de Carolis.

Cyril Juglaret n’a pas pris la parole le soir du premier tour

Patrick de Carolis fête sa victoire au premier tour.Alors, le second tour est déjà parti. Nicolas Koukas envoie des gauches : « J’ai un projet collectif, profondément solidaire et qui n’est pas un projet sécuritaire et réactionnaire comme celui de Patrick de Carolis, c’est toute notre différence. » Il va jusqu’à qualifier « la candidature de droite et d’extrême droite très très dure que représente Patrick de Carolis », avant de tendre la main « à celles et ceux qui veulent travailler avec nous pour que cette ville reste profondément humaniste et ouverte aux autres ».

Nicolas Koukas et ses soutiens sur la place du Forum.

Patrick de Carolis, lui, attaque un candidat « qui ne représente pas le changement, il représente la continuité ». Il le sait comme deux et deux font quatre « pour porter ce changement, il faudra s’unir ». Et quelle attitude avec Cyril Juglaret, le candidat Les Républicains qui l’affaiblit ? « Une attitude ouverte, demain matin, au petit déjeuner, les esprits seront clairs. » Pour l’heure et devant un report des élections plus que probables, Cyril Juglaret n’a pas souhaité s’exprimer.

En effet, les réserves de voix sont plus importantes à gauche qu’à droite en cas de maintient de Cyril Juglaret. Mais de Carolis se montre « optimiste », puis envoie un message à la liste d’écolo-citoyens « on verra si c’est un réservoir intéressant pour monsieur Koukas ou si au contraire, ce réservoir là a envie d’arroser des terres nouvelles », questionne-t-il.

Devant la mairie, Changeons d’avenir, la fameuse liste écolo-citoyenne qui a réussi son entrée en politique, est réunie là, n’ayant pas de local de campagne, sobriété oblige. « Le programme qu’on porte n’est pas compatible avec les valeurs de la droite », répond Cyril Girard à destination de Carolis. « Notre ambition est que la prochaine mandature soient marquée par l’écologie », reprend-t-il. De toute façon, « on appellera pas forcément à aller se masser dans des bureaux de vote, dimanche prochain », ne rigole pas Cyril Girard qui met en avant « le principe de précaution » et souligne que les règles sanitaires n’ont pas été respectées dans tous les bureaux de vote.

Cyril Girard, Virgine Maris devant la mairie en train de répondre au journaliste de La Provence

Virginie Maris, sa colistière, ironise sur le probable report des élections et la réorganisation du premier tour. « C’est parfait, maintenant on a un super sondage et on sait où aller pour convaincre ceux qui ne nous connaissent pas ». Ah oui, en cas d’impossibilité de tenu du second tour, le code électoral est très clair, il faudra également rejouer le premier tour. Hier soir, c’était donc un sondage taille réelle offert à toutes les listes. Ou alors, il faudra changer la loi d’ici un prochain premier tour. De toute façon, on n’est plus à ça près. La réalité est un concept un peu flou en ce moment.

Eric Besatti

 

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