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Condamné, Emmanuel Taché, député RN, ne paie pas le dû à son ancien attaché

Condamné, Emmanuel Taché, député RN, ne paie pas le dû à son ancien attaché

Condamné le 18 février dernier pour travail dissimulé, Emmanuel Taché, député du Rassemblement National des Bouches-du-Rhône n’a toujours pas payé les sommes dues à son ex-attaché parlementaire, Nicolas Tellier. De plus, ce dernier attend toujours les fiches de paye rectifiées par l’Assemblée nationale et a vu des saisies sur son compte bancaire, à la suite d’infractions réalisées avec le véhicule de fonction du député, resté à son nom après son licenciement.

« Monsieur Taché ne répond à aucune demande de mon avocat et refuse, dans les faits, d’exécuter le jugement et de régler les sommes dues », s’offusque Nicolas Tellier, son ancien collaborateur parlementaire. Après sa condamnation le 18 février dernier, Emmanuel Taché, député Rassemblement national de la XVIe circonscription des Bouches-du-Rhône, n’a toujours pas exécuté la décision prud’homale. 

Si le député a fait appel, selon la loi, il doit réaliser sans attendre « le paiement de sommes au titre des rémunérations et indemnités », fidèlement à l’article R1454-28 du Code du travail. Dans cette affaire, cela correspond à un total de 96 861,46 €. Notamment pour la requalification du contrat à temps partiel vers un temps complet et le paiement des heures supplémentaires pour l’ex-attaché, employé par Taché d’août 2022 à juillet 2024.

« L’appel peut être déclaré irrecevable s’il ne paye les salaires auxquels il a été condamné », explique Serge Tavitian, avocat de Nicolas Tellier. Contacté à plusieurs reprises, nous avons envoyé nos questions à Emmanuel Taché.Celui-ci n’a pas souhaité répondre.

Toujours selon l’article R1454-28 du Code du travail, le jugement rend « exécutable de droit […] la remise […] de toute pièce que l’employeur est tenu de délivrer ». Pourtant, Emmanuel Taché ne se sent pas concerné. « Il ne me remet toujours pas les documents rectifiés auxquels il a été condamné, notamment ceux relatifs à mon contrat de travail, à mes salaires et à ma situation administrative », se plaint l’ex-attaché parlementaire. « Monsieur Taché ne répond à aucune demande de mon avocat et refuse, dans les faits, d’exécuter le jugement et de régler les sommes dues », s’offusque Nicolas Tellier, son ancien collaborateur parlementaire.

Saisies sur compte
Les tourments de Nicolas Tellier ne s’arrêtent pas là : « C’est la troisième fois que mon compte se fait saisir, pour des amendes impayées d’infractions que je n’ai pas commises ». La raison : la voiture de fonction du député immatriculée à son nom a continué à être utilisée après son licenciement. Ce dernier a appris ces saisies par courriers de sa banque : 412€ en décembre dernier, ainsi que la dernière en date du 13 février 2026 d’un montant de 198€. Presque deux ans après la fin de son contrat

« Les contraventions étaient établies à mon nom puisque le véhicule était rattaché à mon identité », explique ce dernier. Puisque l’adresse liée au véhicule était celle du député, Nicolas Tellier n’était pas informé des infractions. « C’est précisément ce qui a entraîné les majorations, puis les saisies sur mes comptes bancaires », détaille-t-il. 

L’ex-attaché parlementaire avait saisi le Tribunal judiciaire de Nîmes dès le 20 octobre 2025, dans le cadre d’une procédure en référé concernant le véhicule : « Monsieur Taché a restitué le véhicule quelques jours avant l’audience, ce qui a rendu le référé sans objet, puisque son objectif était de faire cesser cette situation », ajoute Nicolas Tellier. Selon les photos du kilométrage de la voiture prises lors de sa restitution au député en mai 2024, le véhicule affichait environ 99 000 km. D’après le procès-verbal de restitution du véhicule au concessionnaire Peugeot du 4 novembre 2025, quelques jours avant le référé engagé, il affichait environ 153 700 km.

Emmanuel Taché était-il personnellement l’auteur des infractions ou était-ce un autre collaborateur parlementaire ? Nicolas Tellier préfère rester prudent : « Je ne peux pas affirmer qui conduisait au moment exact de chaque infraction sans disposer de la photographie ou du détail complet de chaque contravention ». 

Un sentiment de punition
Des courriers pour tenter de faire avancer les choses, l’ex-collaborateur parlementaire en a envoyé au Déontologue de l’Assemblée nationale, à Jordan Bardella, et bien d’autres entre le mois de décembre 2025 à mars 2026. Pourtant, silence radio. « J’ai écrit à Madame Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, pour l’alerter sur les amendes liées au véhicule utilisé par le député, les saisies bancaires que je continue de subir et le comportement de ce dernier malgré les décisions rendues. À ce jour, aucune réponse ne m’a été apportée », précise-t-il. Son avocat ajoute : « L’Assemblée nationale se comporte comme une entité qui couvre ses députés plutôt que de leur reprocher des faits qui sont contraires à la morale publique ».

Depuis le jugement du 18 février 2026, l’ancien attaché explique n’avoir reçu aucun document corrigé concernant son contrat de travail, aucun paiement lié à la condamnation ; la situation semble figée. « C’est comme une punition pour moi, je ne peux même pas aller à Pôle emploi pour régulariser mes dossiers sans ces documents. J’ai bossé du matin au soir, je demande mon salaire et je ne l’ai pas pour l’instant. On m’a laissé tomber », témoigne Nicolas Tellier. Contacté ce lundi 11 mai, le service presse de l’Assemblée n’a pas répondu.

Peu de temps après son licenciement, Nicolas Tellier avait essayé de régler l’affaire en interne. Mais ses prises de contact avec les instances du Rassemblement National n’ont rien donné. En août 2024, le secrétaire général du RN à l’Assemblée nationale, Renaud Labaye, lui avait pourtant répondu : « Je comprends très bien que vous essayiez de trouver une solution « à l’amiable » sur ce dossier, j’y suis également, comme vous l’imaginez, très favorable pour limiter l’impact sur notre famille politique ».

Fleur Descheemaker


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