Photo : Maja Hoffmann attentive dans le public lors de la conférence de presse de clôture des Rencontres le 7 juillet 2019.

La question de la vente des anciennes annexes de la mairie à Maja Hoffmann a fait réagir la principale intéressée.

Nous avons publié un premier article mercredi dernier qui expliquait la surprise des élus qu’il n’y ait pas d’appel à projets pour l’avenir du bâtiment. Lire : Un bijou communal en passe d’être vendu à Maja Hoffmann.

Le deuxième concernait des appels au report de la vente pour poser la question de l’usage du lieu, recueillir des autres propositions et consulter les Arlésiens. La députée Monica Michel a envoyer un communiqué en ce sens et un collectif d’Arlésiens a lancé une pétition. Un rassemblement devant la mairie est prévu aujourd’hui à 14h. Lire : Une députée et des citoyens demandent le report de la vente des annexes rue du Cloître.

Maja Hoffmann à propos de la rue du Cloître
Maja Hoffmann a souhaité réagir pour expliquer sa position suite à la polémique suscitée. Elle a choisi de rédiger une lettre au maire qu’elle nous a fait parvenir que nous publions en intégralité. Elle n’a pas décidé de suspendre son offre d’achat et s’en remet « au vote souverain du Conseil municipal ».

Reste la question de fond. Quid de la consultation des arlésiens et de l’absence d’appel à projet ?

Monsieur le Maire,

Je vous écris au sujet du transfert de propriété de l’école en face de l’hôtel du Cloître, qui était jusqu’à peu occupée par les services de la ville, à la société 2H5 dont je suis actionnaire. La mairie m’a demandé si je voulais me porter acquéreur de ce lieu il y a déjà plusieurs années. Nous avons le
sentiment que nous pourrions en faire bon usage et avions demandé à faire une étude de faisabilité avant de nous prononcer sur notre intérêt, comme pour toutes nos entreprises, que ce soit à Luma ou aux maisons d’Arles en déroulant plusieurs scenarii.

Il s’agit d’un projet qui réunit des espaces de vie et de création pour artistes ainsi que des lieux d’accueil pour des porteurs de projets de proximité ou d’ailleurs selon leur qualité. J’ai toujours pensé que les artistes devaient faire partie intégrante de la ville et non pas cantonnés exclusivement dans
des lieux qui leur seraient dédiés. Le Parc des Ateliers n’a pas été conçu comme une bulle. La culture apporte de la vitalité et la mixité dans les lieux qu’elle touche. Mon intention n’est pas d’accumuler des biens contrairement à ce qu’on peut entendre ou lire trop souvent. J’aurais espéré qu’après tout ce temps et ce que je développe à Arles, cela soit compris. C’est déconcertant, voire brutal, de se voir réserver le même traitement que le projet de casino envisagé à Trinquetaille. Ce que je fais n’a rien à voir. J’ai eu l’occasion de dire à quel point je pense que ce n’est pas une bonne chose pour la ville à chaque fois que j’ai été interrogée sur le sujet.

Il y a évidemment des sujets préoccupants qui se font jour comme la prolifération des Airbnb dans notre ville (cette dernière a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse). Souvent ce n’est que de la promotion immobilière déguisée et, en tout cas, dans notre ville d’Arles une concurrence déloyale à l’hôtellerie qui peine à survivre en particulier en basse saison. Arles ne doit pas grandir trop vite comme j’ai tenté de le dire publiquement mais garder toute sa force qui est comprise dans son patrimoine historique, local et traditionnel (je pense à la corrida, la Camargue, le costume et d’autres). Le nouvel élan impulsé à la ville et qui s’accélère se doit d’être accompagné pour que ce soient les Arlésien.nes et les Camarguais.ses qui en soient les premiers bénéficiaires comme je le pense depuis le début. Voilà quelques-uns des sujets qui me préoccupent et sur lesquels nous devrions tous nous concentrer et œuvrer collectivement.

Au lieu de cette action collective, je me trouve à nouveau, utilisée et stigmatisée, après des années d’engagement pour la ville, la création, l’environnement, les droits de l’homme, l’éducation… des convictions profondes réduites à un appétit immobilier dans lequel je ne me reconnais pas. Ce projet pour la rue du Cloître s’inscrit dans les mêmes intentions que ce que j’ai pu faire jusque-là. J’imagine qu’il existe d’autres investisseurs pour venir avec des projets de développement immobilier et optimiser la rentabilité au mètre carré comme cela se pratique partout ailleurs.
Ce projet n’est pas une priorité pour moi car je suis déjà suffisamment engagée dans la ville oeuvrant chaque jour pour son développement. On peut aussi prendre le temps et échanger de manière constructive, une approche que je mets en oeuvre dès que l’occasion m’est donnée. C’est dans le renoncement à un profit immédiat que je poursuis des projets dont j’ai la conviction qu’ils bénéficieront à Arles et à tous les Arlésiens et m’en remets au vote souverain du Conseil Municipal comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent.


Maja Hoffmann
Arles, 23 septembre 2019