Au fur et à mesure que la date du conseil municipal approche, les réactions se multiplient. La délibération n°11 de ce mercredi 25 septembre sera particulièrement scrutée. Elle prévoit la vente des anciennes annexes de la mairie à la société immobilière 2H5 de Maja Hoffmann pour une extension de l’hôtel du Cloître mitoyen. De nombreux élus n’ont pas encore arrêté leur choix de vote. Pendant ce temps, Monica Michel, la députée, a lancé un appel pour le report du vote. Côté société civile, une pétition vient d’apparaître sur change.org pour le report de la vente. Un rassemblement est prévu devant la mairie à 14h pour mobiliser les élus sur la question.

La députée pour le report et un appel à projets

Monica Michel, députée d’Arles (LREM) et candidate à la mairie d’Arles, a tenu à réagir. Dans un communiqué argumenté sur son site internet, elle «  souhaite que la décision du conseil municipal soit reportée après une concertation ouverte et sincère ». Si elle ne conteste pas la vente du patrimoine communal comme moyen de financer la collectivité, elle souligne la faiblesse d’une politique « au coup par coup », sans qu’il n’y ait eu d’appels à projets. « Seul un appel à projets permet à une collectivité de s’assurer que le devenir de bâtiments ou fonciers publics se fera bien en harmonie avec les intérêts généraux de la commune et de ses habitants, et de choisir le meilleur projet pour la ville, d’abord pour sa qualité et ses effets induits sur l’économie et la vie sociale locales, et ensuite pour son prix et les recettes qu’il peut apporter à la ville après réalisation du projet ». Elle précise par ailleurs qu’elle connaît au moins un autre investisseur qui serait intéressé par le bâtiment.

Si elle accuse les méthodes de la mairie, elle ne crie pas haro sur la milliardaire. « Les investissements importants et les actions d’excellence menées par Mme Hoffmann et les organismes et sociétés qu’elle pilote ont tout à gagner d’une grande transparence et de concertations sincères pour leur réputation et leur reconnaissance par les Arlésiennes et Arlésiens », plaide t-elle avant d’engager une réflexion sur le partenariat public-privé. « Un véritable équilibre entre initiatives privées et politiques publiques est indispensable; c’est le devoir de la municipalité d’y veiller et d’agir pour cela ».

Concernant l’aspect démocratique de l’affaire, elle défend cependant le rôle central que doivent jouer les Arlésiens dans ce projet. «  Ce patrimoine est un bien commun ; la municipalité ne peut en disposer sans concertation, ni en ignorant le mal-être de nombreux habitants devant les décisions successives de vente, comme pour la maison Follereau. » Effectivement, en cas de report de la vente, l’avenir du lieu pourrait être le premier exercice de pédagogie et/ou de démocratie participative pour la prochaine équipe municipale.

Une pétition de citoyens

Hier soir, sur la toile est apparue une pétition sur change.org pour demander « le report / vente d’un bijou patrimonial d’Arles ». Elle souhaite mettre la pression sur les candidats à la mairie d’Arles pour qu’ils votent contre la vente. Et ainsi permettre de reposer la question ultérieurement, laissant le temps de « rassembler le maximum de ressources pour comprendre la situation et se positionner de manière pertinente », parce que « les citoyens arlésiens ont surtout le sentiment qu’au fil des années leur patrimoine se dilapide ». Un texto et un événement sur la page circule également chez certains militants de la ville pour donner rendez-vous à 14h devant la mairie, une heure avant le conseil municipal pour expliquer leur point de vue aux élus.

Un vote qui s’annonce tendu

Concernant le rapport de force au conseil municipal, jamais aucune délibération n’a été rejetée par le conseil municipal en trois mandats d’Hervé Schiavetti. Mais depuis fin novembre dernier et le refus du maire d’organiser une consultation sur la question de la métropole, au sein de la majorité, les oppositions au maire s’expriment de plus en plus.

Du côté de la majorité municipale, Nicolas Koukas, candidat à la mairie d’Arles, membre du PCF, fait parti de Pour Arles, le même groupe que le maire au conseil municipal. Il ne sait pas encore qu’elle attitude adopter. Il sait déjà qu’il ne votera pas pour. Reste l’abstention, le vote contre ou de ne pas participer aux votes. Pareil pour Nora Mebareck du groupe Sociales et apparentés. Cyril Juglaret, chef de l’opposition et candidat LR à la mairie prendra sa décision après le débat en conseil municipal. David Grzyb, lui aussi candidat sans étiquette et président du groupe Des avenirs à partager, reste sur ses convictions évoquées dans le dernier article et pense que c’est la meilleure solution pour ce bâtiment. Il assume un choix politique clair, il « préfère mettre de l’argent dans les Papeteries qui font 12ha ou une zone comme les Minimes. Parce que là [rue du Cloître], j’en ferai pas grand chose vu l’espace. Aux Papeteries Etienne il y a 12ha pour développer des activités productrices de richesses qui apporteront des rentrées fiscales et un jour nous permettront de rénover un bâtiment comme les annexes du Cloître. Mais pour moi, il faut concentrer les moyens publics« .

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Plan cadastral présent dans la délibération qui sera présentée ce mercredi 25 septembre en conseil municipal.

Pas une priorité pour Maja Hoffmann

Maja Hoffmann a découvert les réactions suscitées par le sujet vendredi dernier. Elle nous a expliqué son point de vue hors condition d’interview. Au final, elle souhaite que les affaires suivent leur cours et que la vente soit votée au conseil municipal. D’ailleurs, elle pensait que la vente était déjà réalisée. Elle précise qu’elle n’a pas été demandeuse du bâtiment et qu’il lui avait été proposé par la mairie. Enfin, proposé par son équipe. Pour Yannick Barré, responsable des affaires publiques à Luma et ancien auditeur financier de la ville, l’achat par Maja Hoffmann est la meilleure solution pour conserver un « lieu ouvert » où les Arlésiens pourront venir prendre un café et profiter de la vue.

Elle le dit en personne. Elle a déjà bien à s’occuper avec ses autres projets. Pour elle, ce bâtiment n’est pas une priorité. Si elle ne souhaite pas retirer son offre d’achat, c’est selon ses mots pour respecter un travail collectif de trois ans. C’est donc pour rester solidaire de ses équipes qui ont fourni du travail. Des architectes ont été invités par l’entrepreneuse pour visiter les locaux et travailler à penser l’avenir du lieu. Un peu comme placer la charrue avant les bœufs.

Côté fondation Luma, il reste encore d’autres possibilités de rebondissement. A l’image de la démarche de co-construction avec le territoire que la fondation Luma promeut lors de ses Luma Days au printemps, Maja Hoffmann pourrait décider de ne pas acheter tout de suite le bâtiment communal et ainsi permettre aux Arlésiens de se saisir de la question. Mustapha Bouhayati, le directeur de Luma Arles, nous expliquait pendant l’été que la fondation se situait dans une démarche d’empowerment avec les acteurs arlésiens. Le concept de l’empowerment, c’est de créer les conditions de prise de pouvoir à des individus ou des groupes afin d’agir de manière autonome sur leurs conditions sociales, économiques. Là aussi, ce dossier pourrait représenter un bon exemple de passage du discours aux actes.

Ce sujet dépasse en réalité la simple question du bâtiment de l’ancienne école communale. Au delà de son aspect symbolique, elle pose la question de l’usage du centre-ville et de ses équipements. Le centre ancien serait-il réservé à l’hôtellerie-restauration et des lieux destinés à la culture et l’art ? Quel est le projet de la municipalité et comment l’explique t-elle. Cette histoire pose aussi la question de comment les Arlésiens peuvent prendre part aux décisions qui les concerne au premier plan, autrement que par le vote tous les six ans.

En tous cas, que ce soit de la part de Maja Hoffmann, des membres de son équipe où David Grzyb, l’adjoint à l’urbanisme, une réflexion revient souvent : mais que feraient les Arlésiens de cet endroit ? Très bonne question. Encore faut-il se laisser le temps et les moyens de se la poser.

Eric Besatti