C’est une espèce en voie d’extinction, un docteur à l’ancienne. Celui des villages, des familles, toujours disponible, au service de ses patients. Bernard Giral, a fait de sa vocation son métier. Ou l’inverse. Pourtant il est loin d’appartenir au passé : depuis son cabinet de Fontvieille, il s’adapte sans cesse pour faire perdurer une médecine de proximité hors des grands centres urbains. Le tout en répondant aux nouvelles orientations du gouvernement et son bras armé : l’Agence régionale de santé.

Il dessine inlassablement sur son tableau pour expliquer les merveilles de la médecine à ses patients. Il fait partie des gens qui habitent leur fonction en y mettant tout leur temps, leur talent et leur cœur. Bernard Giral commence ses journées à 5h30 du matin. De manière à toujours pouvoir proposer des rendez-vous en urgence du jour pour le lendemain. « Ça fait le tri entre ceux qui ont vraiment mal et ceux qui peuvent attendre », s’amuse le septuagénaire.

Une de ses idées fixes, c’est de conserver une médecine de proximité, à l’échelle d’un village. « Il y a 46 ans, lors de mon installation, on était douze ou treize dans la vallée des Baux. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que sept alors que la population a nettement augmenté », compare-t-il. A l’époque, les docteurs se rachetaient une fortune les patientèles. De nos jours, les collectivités offrent le cabinet, la secrétaire et toutes les commodités à ceux qui veulent s’installer. Il y a trop de patients pour le nombre de médecins. « Les médecins de ma génération faisaient un peu une croix sur leur vie personnelle, désormais, ils cherchent la qualité de vie, ne veulent pas être enquiquinés. Ils s’installent dans les grandes villes parce qu’ils savent que des hôpitaux et des spécialistes sont là pour prendre le relais une fois qu’ils ont fermé la porte de leur cabinet, ils ne seront pas dérangés. »

Rester groupés
Son cabinet s’est transformé en ce qu’on appelle une maison de santé pluri-fonctionnelle dans la langue de l’Agence régionale de santé (ARS). De deux à son installation, ils sont neuf (médecins, infirmières, dentistes, orthophonistes, psychologue, podologue) pour proposer une présence de 8 h à 20 h tous les jours de la semaine et le samedi matin. « Chaque maison de santé a pour objectif de faciliter l’accès aux soins pour avoir un accès aux soins non programmé. » Entendre : des consultations sans rendez-vous. Comme à Fontvieille, une maison de santé vient d’ouvrir à Tarascon, celle d’Arles est déjà en place, comme aux Saintes-Maries et à Saint-Martin-de-Crau. Histoire que les malades des villages ne finissent pas tous aux urgences de l’hôpital qui sont déjà débordées.

« La pénurie de médecin induit que les gouvernements prévoient une réorganisation. Aujourd’hui, seuls 10 % des médecins qui sortent de la faculté s’installent en libéral », assène le docteur Giral. Alors, il accompagne le mouvement et fait partie de toutes les expérimentations. Il pilote une Communauté professionnelle territoriale de santé dans le Pays d’Arles, une des premières au niveau national, la première de la région. « C’est un peu comme la maison de santé, mais à l’échelle de 29 communes, les professionnels de santé se mettent en réseau. » Infirmières, médecins généralistes, hospitaliers ou spécialistes, ils échangent autour d’un projet de territoire de manière à améliorer l’offre de soins. « Par exemple, une infirmière peut envoyer la photo d’une plaie à un médecin pour avoir un diagnostic direct et éviter des consultations inutiles », illustre le médecin.

Des super infirmières pour décharger les médecins
Les infirmières et infirmiers reviennent souvent dans le discours. A chaque fois, ils représentent la solution miracle. « L’ARS nous a dotés d’une infirmière en pratique avancée, détaille le docteur Giral, coordonnateur de cette expérimentation, encore une première dans la région. Ce sont des infirmières qui ont fait 2 400 heures de formation en plus. Elles sont appelées à se substituer au médecin généraliste dans le suivi de huit pathologies : diabète, insuffisance cardiaque, asthme, bronchite chronique, insuffisance rhénale, obésité pour l’essentiel. Si un patient par exemple est diabétique, elle pourra consacrer plus de temps que le médecin à expliquer comment il peut se prendre en charge. Elle pourra aussi établir des ordonnances de renouvellement »

L’électronique et la proximité à distance
A l’avenir, les médecins seront amenés à moins se déplacer. Et à laisser les infirmières en première ligne avec les patients. Dans les Ehpad Les Tournesols à Arles, à Fontvieille ou à Maussane « la télésurveillance des plaies et ulcères est déjà en place avec un dermato référent qui répond à distance ».
Autre exemple où la technologie peut débloquer des situations : le « dermatoscope ! », explique celui qui a vu naître et mourir le minitel. « On prend une photo d’une lésion, elle sera scannée et comparée à des milliers d’autres photos. A partir de là, on a le niveau de risque et on peut accélérer la prise de rendez-vous chez un spécialiste là où, parfois, il faut attendre six mois. » De même pour la cardiologie. Les montres connectées sont un atout vital. Elle peuvent désormais détecter le moindre trouble du rythme cardiaque. En cas de problème, les informations sont transmises à Marseille, le centre de spécialistes le plus proche, et une réponse parvient dans le quart d’heure.

Depuis le premier étage du bâtiment qui abrite son cabinet, Bernard Giral est à la pointe de la médecine de proximité de demain. Une médecine avec moins d’humain et plus d’engins. Dans la santé comme ailleurs, tout porte à penser qu’il faudra s’y faire.

Eric Besatti et Julien Sauveur

 

Dossier à lire dans l’Arlésienne n°7 :