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Amazon et les irréductibles gardois

Amazon et les irréductibles gardois

Actualisation : Depuis cette BD publiée dans l’Arlésienne n°10 le 6 mars 2021, les irréductibles gardois ont gagné contre le géant américain. Le maire de Fournès a annoncé le retrait du projet par le promoteur : la société Argan (lire nos confrères de Midi-Libre). Le 9 novembre dernier, le tribunal administratif de Nîmes avait annulé l’autorisation environnementale relative au projet de centre de tri de colis à Fournès en vertu de l’article L. 411-2 du code de l’environnement qui prévoit qu’un projet de construction susceptible d’affecter la conservation d’espèces animales ou végétales protégées et de leurs habitats ne peut être autorisé.

Un combat qui n’était pas gagné d’avance. Le gouvernement sous pression des lobbys de la logistique a vite enterré les promesses de la convention citoyenne. Une victoire pour les militants, dont voici l’histoire.

 

 

A la pelle pour creuser

la logistique, les terres agricoles, Macron et les élus de Fournès

1. Prise illégale d’intérêt des élus de Fournès ?

Entre 30 et 40 % du terrain du projet appartient aux deux oncles de madame Christelle Hinque, le maire au moment de la transaction. Son premier-adjoint et maire actuel, Thierry Boudinaud, a lui aussi vendu un terrain, tout comme le frère d’une élue, Laurence Castan. L’association Adere de Fournès a considéré qu’il y avait « conflit d’intérêt », revient Patrick Fertil, membre de l’association Adere (Association pour le Développement de l’Emploi dans le Respect de l’Environnement) de Fournès, qui a déposé plainte pour « prise illégale d’intérêt » le 2 juillet dernier contre les 4 élus concernés. Dans un premier temps, le conseil municipal a revoté les délibérations concernant le projet et les élus concernés se sont déportés en ne participant pas au vote. Visiblement pas suffisant pour rentrer dans les clous. Le 29 janvier 2021, le Procureur de la République de Nîmes a jugé les éléments assez solides pour lancer une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêt » à l’encontre des élus. Un juge d’instruction a été nommé. L’affaire suit son cours. Argan a annoncé au mois de juin, notamment dans les colonnes du Midi-Libre attendre que tous les recours soient purgés pour poursuivre les travaux.

2. +30% de surfaces d’entrepôts
En France, 78 km² de surfaces d’entrepôts logistiques étaient recensés en 2018, soit +30% de surfaces par rapport à 2010. Les données issues du Ministère de la Transition écologique comptabilisent uniquement les entrepôts de 5000 m² et plus. A vue de nez, depuis 2018, le marché de l’immobilier logistique est en pleine expansion, notamment avec la tendance aux entrepôts XXL, boostée par la croissance du e-commerce. Rien que pour les projets évoqués dans ce numéro, nous avons 38 800m² pour Amazon à Fournès (30), 40 000m² pour Lidl à Beaucaire, 9 790m² pour Nestlé Waters à Arles. Sans parler des constructions au-delà de notre zone de compréhension comme à Fos-sur-Mer.

3. Un département de béton tous les 10 ans.
Tous les 10 ans, l’équivalent d’un département de terres est artificialisé. A Saint-Martin-de-Crau par exemple, ce sont 75,5 hectares qui ont été artificialisés rien que pour des bâtiments à vocation d’activités. Soit plus que l’Etang du Vaccarès ou 107 terrains de football aux normes internationales. Ces données sont compilées par l’Observatoire de l’artificialisation des sols, créé par l’Etat en mai 2019 « pour tendre vers un aménagement du territoire moins consommateur d’espaces et plus respectueux de la biodiversité, des écosystèmes naturels et des terres agricoles ». artificialisation.biodiversitetousvivants.fr

4. Macron ne respecte pas la Convention citoyenne
Il avait promis de faire passer « sans filtre » les propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Mais Emmanuel Macron avait d’entrée de jeu exclu trois propositions, la limitation des autoroutes à 110 km/h, la taxe sur les dividendes de 4%, la réécriture du préambule de la Constitution en intégrant l’impératif de protection de la biodiversité. Pour les autres propositions, elles sont souvent retoquées comme le moratoire sur la 5G ou sur la construction de nouvelles zones commerciales. Seule petite mesurette qui a réussi à passer, l’interdiction des liaisons aériennes intérieures quand une alternative est possible en moins de 2h30 là où la Convention prévoyait 4h. Après avoir donné l’impression aux citoyens qu’ils pouvaient faire de la politique, la réalité de la politique au service de l’économie a repris ses droits. Et les promesses n’engagent visiblement pas un chef de l’Etat vis-à-vis des citoyens.
conventioncitoyennepourleclimat.fr

5. Un emploi chez Amazon en détruit 2,2 ailleurs
« Pour un emploi créé chez Amazon Logistique, 2,2 emplois sont perdus dans le commerce physique », concluait Mounir Majoubi, député LREM en novembre 2019 dans sa note d’analyse Amazon, vers l’infini et l’au-delà, une machine qui détruit 7900 emplois en France, à trouver en libre consultation sur internet.

6. Une lettre de mission en douce pour favoriser l’implantation des entrepôts logistiques
En totale contradiction avec les objectifs de la Convention citoyenne pour le climat, six ministres ont signé, le 9 septembre dernier, la lettre de mission « entrepôt » : « une attention particulière pourra être apportée aux simplifications de nature à faire émerger des sites logistiques « clés en main » ». Lire Au lieu d’un moratoire, l’État lance une mission… pour multiplier les entrepôts Amazon en libre consultation sur Reporterre.net


Aller plus loin : lire notre dossier sur la logistique dans l’Arlésienne n°10 en pdf ou en papier, disponible à la Maison de la presse boulevard des Lices à Arles.