Beaucaire : la police municipale fait briller les affiches du RN
Après avoir craché sur une affiche du Rassemblement National, trois amis sont identifiés par la police municipale grâce aux caméras de la ville, retrouvés et intimidés à leur domicile, contrôlés en pleine nuit et incités à nettoyer.
« Descendez, sinon c’est nous qui allons monter. » Il est près d’1h30 du matin, ce 27 février, quand Gao et ses deux amis entendent cette injonction depuis la rue. Un peu plus tôt dans la nuit, ils étaient sortis promener le chien de l’un d’entre eux, qui habite Beaucaire, et chez qui ils étaient venus passer la soirée. « On avait bu quelques verres, et en passant devant un local du RN en centre-ville, on a eu un réflexe un peu con, mais qui nous est venu tout à fait naturellement… on a craché sur leurs affiches», raconte Gao, cordiste de 24 ans. Un geste selon lui banal, presque rituel en période électorale. « C’est des guéguerres de tout temps, ça fait longtemps qu’on s’arrache des affiches, qu’on crache, qu’on fait des tags sur les affiches de campagne », justifie le jeune homme.
Les trois amis continuent ensuite leur balade, avant de rentrer. Seulement, environ deux heures après les faits, et alors que le propriétaire des lieux fume une cigarette sur son balcon, une voiture de police s’arrête au pied
de l’appartement. Les agents municipaux reconnaissent l’homme au balcon et lui intiment l’ordre de descendre. « C’est fou qu’ils nous aient retracés jusqu’à la maison pour une histoire de crachat », commente Gao, qui suppose qu’ils ont été suivis « par les caméras ». À Beaucaire, la municipalité d’extrême droite a toujours revendiqué une politique de sévérité accrue, marquée par la multiplication des contrôles et des verbalisations, l’extension de la vidéosurveillance et l’augmentation des effectifs.
Quand les trois amis descendent, deux policiers municipaux les attendent. « Ils nous ont dit qu’eux n’iraient jamais cracher sur des affiches LFI, ils se sont très clairement revendiqués du Rassemblement National ». Les agents procèdent ensuite à un contrôle d’identité. Gao, franco-suisse, leur présente une pièce d’identité suisse. « Ils me demandent quatre, cinq fois de retourner dans mon pays », affirme le jeune homme qui, pour prouver que son pays c’est aussi la France, leur présente sa carte de professionnel. Aucun procès-verbal n’est dressé à l’encontre des trois amis, mais une injonction leur est faite : retourner place Georges Clémenceau et nettoyer leurs crachats. Gao refuse.
Ses deux amis, eux, s’exécutent et commencent à nettoyer à l’aide de chiffons. « Heureusement pour vous qu’il y a mon collègue avec moi, parce que si j’avais été seul, je vous aurais fait nettoyer à la bouche », aurait lâché un des policiers. Puis, alors que ses deux amis continuent à nettoyer, Gao l’entend lancer : « Faites-le moi briller mon Jordan ! », en référence à Jordan Bardella, président du RN.
Le 8 mars, Gao et ses amis reçoivent chacun un avis de contravention par courrier. 135 euros d’amende pour « déversement de liquide insalubre hors des emplacements autorisés ». Contacté la police municipale n’a pas donné suite à notre série de questions.
Nada Didouh
PS : Article initialement publié sur papier dans l’Arlésienne n°27, sortie le 3 avril 2026.
Cet article est en libre service, mais a demandé du temps de travail.
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