L’Arlésien d’origine angolaise, Aluisio Cunda Quindai est de nouveau sous le coup d’un arrêté d’Obligation de quitter le territoire (OQTF). Alors qu’il avait obtenu l’annulation du précédent arrêté devant le tribunal administratif de Marseille le 29 août dernier, la Préfecture, forcée par la justice à ré-étudier son dossier, re-conduit son analyse. Le comité de soutien se demande si « la Préfecture a au moins lu le dossier » et mobilise à nouveau sur l’espace public. Une pétition a été lancée pour demander l’obtention de papiers pour l’adolescent.

C’est un coup de massue qui s’est abattu sur le jeune arlésien et son comité de soutien. Dans un courrier du 15 novembre, la Préfecture a évalué qu’Aluisio, de nationalité angolaise, scolarisé à Nîmes, ne justifie pas « d’une intégration  ou insertion socioprofessionnelle notable depuis son arrivée en France ». Pourtant quand Jean-Michel Blanquer posait à ses côtés le symbole était tout autre.

Le 5 novembre dernier, le ministre de l’Education était en visite au lycée Mistral de Nîmes où Aluisio est scolarisé. Le représentant du gouvernement venait signer un partenariat avec la Croix Rouge. Il s’agissait de lancer une option dans les cursus lycéens qui vise à « l’éducation des enjeux citoyens humanitaire et de santé ». Aluisio était ce jour là félicité pour son implication avec un diplôme remis en main propre par le ministre. Les caméras et le crépitement des flashs d’appareil photo immortalisaient le moment.

Si la situation n’était pas grave pour l’adolescent, elle serait drôle. Mais l’humour absurde est éclipsé par le double langage. D’un côté la communication du gouvernement, de l’autre la surdité des services de l’Etat.

« C’est à se demander si à la Préfecture, ils ont lu le dossier », se demande Hélène Nicolas, qui prend la parole lors de la réunion de crise organisé lundi dernier par le comité de soutien à la Bourse du travail. « Il est membre du conseil d’administration de son lycée, délégué de classe, délégué des délégués… Il ne peut rien faire de plus, à part devenir proviseur ! », finit-elle dans un trait d’humour pour que l’assemblée puisse garder le sourire.

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Le 5 novembre, à Nîmes, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation a remis un diplôme a Aluisio Cunda Quindai pour son implication dans l’association la Croix Rouge

Fin août, lors de son incarcération au Centre de rétention de Cornebarrieu (région de Toulouse), le cas d’Aluisio avait ému l’opinion publique. Soutiens (dont celui du maire d’Arles) et articles de presse s’étaient multipliés. Un modèle d’intégration, « élève exemplaire » notent ses professeurs sur ses bulletins, bénévole à la Croix Rouge, bonnes évaluations dans une entreprise qui s’engage à l’accueillir à nouveau pour ses études de topographe-géomètre…

Aluisio n’est pas venu par plaisir en France. Il a quitté son pays de naissance par nécessité. Il témoigne de menaces de mort après l’assassinat de sa sœur et de son frère. Ce dernier, chauffeur de taxi, a été impliqué dans un accident qui a coûté la vie à la fille d’un général de l’armée angolaise. Pour fuir la vendetta, sa mère a envoyé Aluisio en France en mai 2015 avec le passeport d’une personne majeure – Domingo Ngunza – et un visa touristique : le seul moyen pour lui de quitter le pays.

Arrivé en France, il se présente directement à la police avec son acte de naissance véritable pour faire reconnaitre sa minorité (la loi protège les mineurs d’une expulsion du territoire). Il est alors accueilli au foyer de Raphèle puis scolarisé au collège Ampère à Arles. Mais en mars 2016, la police des frontières retrouve sa trace. Depuis, les services de l’Etat n’ont de cesse de le renvoyer à sa fausse identité qui lui a permis de rentrer sur le territoire. Et à Domingo Ngunza qui, lui, n’a pas la chance d’être mineur. Et ça change tout, il doit donc quitter le territoire.

Au bout de la lutte juridique

« L’attitude de la préfecture revient à dire que tous les papiers qui viennent d’Afrique et d’Angola, c’est des faux », enchérit  Hélène Nicolas. « Nous nous battrons jusqu’à que son identité soit reconnue », affirme Lucile Venet qui, avec son mari et la famille Nicolas, forment ses familles d’accueil. Le réseau l’a recueilli alors qu’il était à la rue après avoir été exclu du foyer de l’Aide sociale à l’enfance de Raphèle. Depuis l’adolescent a pris une place à part entière dans la vie de ces familles.

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Le 29 août dernier, le Tribunal administratif de Marseille annulait l’OQTF. Entouré de Lucile Venet et Hélène Nicolas, Aluisio remerciait alors tous ces soutiens et se livrait « ma vie elle est ici je veux vivre ici et aider les personnes et rendre toute l’aide que j’ai reçu ».

Le 29 août dernier, le tribunal administratif obligeait la préfecture à ré-étudier le dossier. Depuis le courrier du 15 novembre, les militants de nouveau fixés et repartent au combat.  Ils ont déposé un recours au tribunal administratif qui suspend l’OQTF. La nouvelle décision doit être rendue dans un délai d’un mois.

Mais même si l’OQTF d’Aluisio est confirmée, « l’Angola ne reconnaît pas ses ressortissants donc la France ne peut pas les expulser« , sait Sylvie Séquier militante RESF proche de ces questions depuis des années. Alors que deviendrait Aluisio ? « Il serait constamment sous la menace d’une arrestation et d’un placement en centre de rétention », imaginent les militants. Au bout du délai légal, il serait relâché avec une nouvelle obligation de quitter le territoire et ainsi de suite. « Quand c’est un quinquagénaire qui travaille au black dans les champs c’est quelque chose, mais lui, il a 18 ans, il ne va pas passer sa vie à faire ça« , se désole une militante lors de la réunion de crise.

« Seul le Préfet a le pouvoir de donner des papiers à Aluisio et de mettre fin à cette situation », conclue le comité de soutien qui a lancé une pétition pour obtenir gain de cause.

Eric Besatti