A l’apéro, pour Cyril Juglaret (LR), c’est Casa-mauresque. Mais cette fois-ci, pour le candidat arrivé troisième au premier tour, ce sera plutôt un Picon bière, connu pour son amertume. Il va devoir avaler son retrait de l’élection provoqué par le pacte de raison de son président de région Renaud Muselier. Avec une seule liste à droite, il laisse mathématiquement plus de chance à Patrick de Carolis, loin d’être son meilleur collègue.

– Allo ? Alors, comment on se sent après avoir agi plus par raison que par passion ?
– Je vous laisse deviner, maugrée Cyril Juglaret, candidat Les Républicains à la mairie d’Arles, après l’annonce de son retrait.

« Pacte de raison », c’est sous cette formule que Renaud Muselier, président Les Républicains de la région Paca, a lancé un appel pour rassembler les droites du territoire et faire barrage à la gauche. Cyril Juglaret, conseiller régional, a fini par suivre son président. Au téléphone, il n’en dira « pas plus que dans le communiqué ».

Ce fameux communiqué rappelle son engagement durant ses deux mandats d’opposition « contre la gestion de la majorité socialo-communiste ». C’est donc en toute logique, par respect pour « nos soutiens, nos électeurs », qu’il se retire pour « encourager le changement de gouvernance tant attendu par les Arlésiens. Aussi, compte tenu des résultats de ce 1er tour, et afin de donner toutes ses chances à ce changement,  je ne présenterai pas de liste au second tour. »

Toutes les chances au changement, c’est, sans le nommer, offrir une réelle opportunité de victoire à Patrick de Carolis. Pourtant, pendant la campagne, Cyril Juglaret ne s’est jamais montré enthousiaste à propos du personnage, ni de ses méthodes. Comme lors de son premier meeting où, sous l’œil d’un huissier de justice, il publiait les casiers judiciaires vierges de l’ensemble de sa liste de manière à mettre en avant la probité et la transparence. En creux, pour démontrer également que son adversaire à droite, Patrick de Carolis, ne pouvait pas en faire autant à cause de sa condamnation pour favoristisme envers l’entreprise Bygmalion lorsqu’il était président de France Télévisions.

Patrick de Carolis, a droite les soutiens
« En appelant à un pacte de raison, Renaud Muselier incite toutes les forces modérées à faire barrage à l’extrême gauche dans la Région », gazouillait sur Twitter Patrick de Carolis le 30 mai dernier. Le candidat, s’il n’est pas investi par un parti, est soutenu par Agir, pour une droite constructive, le micro-parti du ministre de la Culture Franck Riester, et affirme avoir l’oreille de Renaud Muselier et Martine Vassal. Bref, de Carolis n’a pas de parti mais a beaucoup d’amis à droite et souhaite combattre l’extrême gauche, tout en accueillant sur sa liste un ancien cadre du Front national. Avant, l’expression « faire barrage » était utilisée pour lutter contre l’extrême droite et la xénophobie. Les temps changent, que voulez-vous ? Toujours sur Twitter, de Carolis « salue la décision responsable et courageuse de Cyril Juglaret. […] Ceci préfigure le large rassemblement des Arlésiens pour le changement contre le candidat communiste de la majorité municipale. »

Les soutiens de Juglaret divisés
Mais du côté des soutiens de Cyril Juglaret, tout le monde n’entend pas se rassembler derrière de Carolis. « Monsieur de Carolis, je vous dispense de vos salutations, s’est fendu Claude Garde, 5e sur la liste de Cyril Juglaret dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. Je ne souhaite nullement que mon nom soit associé de près ou de loin à votre liste. Je n’apporterai jamais ma voix à un candidat tel que vous. Comme tous les colistiers de Cyril Juglaret, je suis engagé sur l’éthique… » Florence Biermann, 4e sur la liste Juglaret, s’est aussi distinguée sur Facebook en refusant « d’être associée aux dires de certains ».

De son côté Philippe Vial, 3e sur la liste de Cyril Juglaret, indique sur Twitter qu’il votera pour la liste de Carolis pour « tourner la page de 20 ans de communisme à Arles ». Certains électeurs de droite sont bien embêtés de choisir entre un candidat condamné par la justice pour favoritisme, avec un colistier anciennement d’extrême droite et, en face, un candidat adhérent au parti communiste. De l’aveu de certains, l’intuition du dernier moment dans l’isoloir sera déterminante. Cyril Juglaret quant à lui garde son vote secret. Dans son communiqué, il n’a pas écrit une seule fois le nom de Patrick de Carolis lors de son désistement.

« Par respect pour mes électeurs et mes colistiers, je ne voulais pas faire croire qu’on allait gagner, nous étions trop distancés. Et je ne me suis pas engagé en politique pour faire perdre les gens », lâche Cyril Juglaret, avant de raccrocher. Aujourd’hui et demain, il souhaite être utile à Arles à travers son mandat de conseiller régional. Et non, il n’a rien négocié, il sait que de toute façon, en politique, tout peut changer en cinq minutes, alors avec les longs mois qui le séparent des élections régionales prévues en 2021… Cyril Juglaret s’apprête à suivre la prochaine mandature arlésienne en observateur. Le temps de la digestion de l’amer Picon et de repasser au Casa-mauresque ?

Eric Besatti