« L’été c’est entre les deux férias ! », veut l’adage. L’hiver n’est pas pour autant une période d’hibernation.

Exemple avec une semaine prise au hasard dans le calendrier, du 4 au 12 février 2017. Suivez l’Arlésienne.

Arlésienne de naissance, pour être honnête, après quatre ans d’absence, je n’étais pas ravie de passer l’hiver ici. Mais après une post-dépression à la rentrée, c’est le cœur ouvert à l’inconnu que j’arpente la ville balayée par le mistral glacial. Samedi 4 février, les rues démunies d’êtres vivants dès la tombée de la nuit me conduisent jusqu’au Paddy Mullins, seul phare pour les étudiants de la ville. Les punchs et les bières coulent à flot, le prix est moindre et les verres bien remplis. La fête bat son plein, mais malgré la bonne ambiance de ce lieu incontournable, le Cargo de Nuit m’appelle pour le Revivre des Suds.

Après avoir zigzagué entre les fumeurs encombrant l’entrée, claqué deux-trois bises dans le couloir, c’est bière à la main que je me lance dans les rythmes endiablés de Tamer Abu Ghazaleh. Dix euros, tarif réduit, pour un bon concert, ça vaut le coup. Les vestes tombent, les corps se trémoussent. Il fait chaud et l’atmosphère nous pousse jusqu’au bout avec le duo de DJ arlésien Puta Puta. J’avais presque oublié le froid dehors. Il est deux heures du matin quand, comme à chaque fin de soirée, je refuse la « boîte de nuit » du boulevard Victor Hugo : « non, les gars je n’irai pas à l’Esquisse ! »

Le lendemain, après avoir émergé doucement, je réfléchis longuement à sortir. L’avantage de l’hiver à Arles, c’est que le soleil est toujours au rendez-vous. Le théâtre de la Calade propose un spectacle sur Camille Claudel, un concert de Flamenco a lieu à Tarascon, Le Marais du Vigueirat a prévu une petite sortie en Camargue, ou bien une soirée jeux aux Sales Gosses. J’affine les recherches, me documente sur la journée mondiale des zones humides et finit par perdre mon temps sur internet. Bon, il est trop tard pour m’apprêter. Après tout, « jour du seigneur, jour des glandeurs ». On finira sûrement par faire l’apéro au chaud dans un bar à refaire la soirée de la veille. Ça m’ira cette fois-ci.

Une nouvelle semaine commence

Lundi 6 février. Avec des poches sous les yeux, je me retrouve encore au Paddy pour une soirée live painting.

Mardi 7, je n’irai pas à l’utopie culinaire collective du Théâtre d’Arles à 20 euros. En plus fallait cuisiner avec tout le monde en mode conceptuel. En bonne flemmarde, j’ai pas assez la forme pour assumer. Charlotte de Turckheim au Cargo à 23 euros, c’est plutôt pour ma mère. Y’a Phonurgia Nova qui propose des formations aux techniques sonores. Grosso modo tenir un micro et écouter la vie. Ça a l’air cool, comme le vernissage au Magasin de jouets. La prochaine fois, promis.

Mercredi 8. C’est con, j’ai retrouvé la forme, mais je vais quand même pas aller voir les retraités d’Arles jouer leur pièce annuelle à la salle des fêtes. A la limite, si mamie jouait…

On est déjà jeudi et Arles-agenda fourmille de bons plans. J’ai la possibilité de visiter l’exposition « Anatomie du paysage » au musée Réattu ou d’aller me poser au Magasin de jouets pour découvrir un documentaire sonore lors du « jeudi de l’écoute ».

Vendredi 10. Avishai Cohen Trio se produit au Méjan, mais à 40 euros. Je me rabats sur un match de peinture organisé par le collectif E3. Du free-painting, des sourires, des taches et une entrée gratuite, tout ce qui me fallait. Chouette soirée, même pas picolé !

Samedi 11 février, apéro marché, sieste puis quoi encore ? Rencontre-lecture avec Marie Huot rue des Carmes à 18h30. Trop calme, j’suis chaud patate. Je choisis donc la formule offensive et un petit co-voit’ avec les potes pour rejoindre le Mas de Lucas à la sortie d’Arles. L’association Contre Champs investit un super lieu orné de vieilles pierres de Fontvieille pour des concerts dans une sorte de grange. Ce soir, l’occasion, c’est le soutien au festival Decib’Arles, 100 % punk arlésien et marseillais. Trois groupes se succèdent et mettent le feu, des gens détendus pour des rencontres sans prise de tête. Parfait. Sauf pour mes tympans.

Dimanche 12 février, c’est le brouillard dans mon crâne et j’ai mal aux pieds. J’aimerais me reposer mais pas l’temps de niaiser ! Direction la salle d’honneur de la mairie pour la conférence « Arles et la photographie » de Sam Stourdzé. En sortant, air béat et sourire aux lèvres, j’oublie presque ce foutu mistral qui fouette mon visage. Entendre le directeur des Rencontres, ça sent déjà un peu l’été !

Mais que vois-je au loin ? Un bourgeon qui éclot, le printemps tape à ma porte, des hommes montent des chapiteaux sur les places, trois fanfares bourdonnent dans les rues, l’huile crépite, la graisse s’affole dans les snacks, le boulevard des Lices suinte le kébab, la crêpe et toute autre friandise. La féria de Pâques est déjà là, la Muleta m’appelle, le début de l’été pointe son nez. Arles ne dort donc jamais à qui sait la vivre.

Clara Puccini