« Regarde, d’ici, on est dans les arbres ». Toujours un peu dans son monde onirique, Colette, fille d’une famille de 5 enfants, scrute le Rhône et ses péniches du haut de sa terrasse. Le fleuve était l’outil de travail de son père batelier de profession.

Si vous avez déjà croisé Colette Agrain, il y a de fortes chances que ce fût pas loin d’une scène. Sûrement au théâtre de la Calade où elle a travaillé tant d’années. Mais aujourd’hui, c’est à quelques encablures de l’ancien grenier à sel que l’on peut la croiser. A la galerie L’hirondelle sur les quais, un nouveau lieu. Son nouveau lieu.

« Regarde, voilà les hirondelles ! » Colette retrouve son regard de petite fille dès qu’elle reprend les mots de sa maman. Oui, là, sous les tuiles de sa maison d’enfance, les oiseaux noir et blanc venaient en nombre construire leur nid quand le printemps montrait le bout de son nez. Le retour des beaux jours, pour Colette, ce sont des heures passées sur le quai de la Roquette, devant le 75 bis. Jouer à l’ombre des platanes sur lesquels on accrochait des balançoires, planter des légumes, écouter les gitans gratter les guitares à la tombée de la nuit… C’est à tout ce mode de vie que Colette Agrain rend hommage avec le nom de sa galerie : L’hirondelle des quais. Un lieu inauguré « pendant la Nuit de la Roquette, le 4 juillet 2018. Le plus beau jour de ma vie, raconte-t-elle. Je voulais ouvrir quelque chose chez moi », dans sa maison d’enfance.

« Pas les pieds hein ! » , s’assure-t-elle – un peu coquette – auprès du photographe d’Arles info, un an après l’ouverture. Avec son éternelle silhouette d’adolescente, Colette sert le café à la presse pour la présentation du festival Flamenca. Dans sa galerie, elle accueille l’exposition Flamenca, les couleurs de la passion. Des œuvres de son ami José Manrubia. « Colette, c’est la bienveillance pure, lâche le peintre devant les médias. On se connaît depuis tout petits, j’allais à l’école avec ses frères. » Faire vivre ce lieu grâce aux rencontres qu’elle a fait tout au long de sa vie, c’est un peu le principe de la galerie. « C’est mon terrain de jeu […] Avec un lieu pareil, je peux y mettre toute une collection de savoirs. Ça serait trop égoïste de garder toute cette force », explique Colette, du haut de ses soixante ans d’aventures arlésiennes.

Faire vivre à nouveau sa Roquette

« Pour le moment, je ne gagne pas d’argent avec la galerie, rappelle-t-elle. Je cherche à tisser mon réseau, faire connaître le lieu. » Pour ça, elle peut compter sur ses années en tant que régisseuse au feu théâtre de la Calade. Dans l’ombre, elle a « entendu mille fois On ne badine pas avec l’amour de Musset, mille fois du Molière… » Le théâtre c’est d’ailleurs ce qui l’a façonnée, « c’est la fondation de mon arbre. Et mes projets sont de nouvelles ramifications. »

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Colette habite au premier étage de la maison de son enfance qu’elle a rénové pour y proposer des chambres d’hôte. Au rez-de-chaussée, la galerie.

A mieux écouter Colette réciter la genèse de sa galerie, à rejouer à elle seule des dialogues de sa vie passée, on pourrait penser qu’ici, dans sa maison et sur ce quai qui l’ont vu grandir, elle tente de recréer le quartier  »d’avant ». Quand chacun se retrouvait le temps d’une grillade, qu’on échangeait, qu’il y avait le fameux Calendrier de l’Avent (événement qu’elle souhaite relancer), que tous les volets restaient ouverts même l’hiver. Un peu nostalgique tout ça ? Justement non. Le linge étendu aux fenêtres de son enfance est devenu guirlandes lumineuses qu’elle fait courir le long de sa façade. « La vie, c’est comme le théâtre, on passe d’une scène à une autre, d’un acte à l’autre. » Si elle n’oublie jamais ses amis du passé, Colette joue aussi avec les forces présentes. Et même avec celles des futures générations. Avec l’école Marie Curie, où elle crée une expo pour les journées du patrimoine, avec le collège Morel, où elle a envie de construire des projets… Avec son large sourire et sa démarche sautillante de moineau, Colette Agrain a mille idées à la minute. Et toute une nouvelle vie pour les réaliser.

Pauline Pidoux

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Devant le 75 bis, quai de la Roquette, Colette organise des événements intimiste comme des concerts de Flamenco. Photo issue du facebook l’Hirondelle des quais.