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Les dessous de la brouille Renaud Muselier – Patrick De Carolis

Les dessous de la brouille Renaud Muselier – Patrick De Carolis

Pendant la campagne des régionales 2021, Patrick de Carolis n’a pas exprimé son soutien à Renaud Muselier face au Rassemblement national. Une attitude de non reconnaissance après avoir organisé le retrait de son conseiller régional pour permettre la victoire aux municiapeles que ne lui pardonne pas le président de la région Paca. En représailles, il sanctionne la ville d’Arles en bloquant les aides financières au territoire. Pendant ce temps, le maire d’Arles continue de se positionner au fil de l’eau et tente de prendre le train d’Édouard Philippe dans le nouveau parti Horizons.

Texte et photos Eric Besatti.

D’ordinaire le menton haut et le langage châtié, Patrick de Carolis, l’homme de la plus digne fonction arlésienne, s’en est allé à de vulgaires attaques scatophiles lors du conseil municipal du 4 novembre 2021. « Si c’est pour être le porte-parole de Radio chiotte, ce n’est pas la peine. Non, vous n’avez plus la parole », lançait l’édile tout en coupant le micro de son opposant qui l’interpellait. « Monsieur Rafaï, permettez-moi, je vous pensais au-dessus des ragots. » « Je vous trouve très mal poli et très mal à l’aise », ponctue le conseiller municipal d’opposition Mohammed Rafaï avec une courtoisie appliquée. Un ton qui tranche avec la bombe politique qu’il vient de lancer au détour d’une délibération concernant les subventions régionales demandées par la mairie pour le théâtre municipal. Il accuse, au conditionnel, Patrick de Carolis d’avoir soutenu le Rassemblement national (RN) de Thierry Mariani dès le premier tour des dernières élections régionales de juin. Rien que ça !

« Après on peut toujours dire que ce sont des bruits de couloir. Mais je me suis renseigné auprès du cabinet de Muselier et d’autres conseillers régionaux », poursuit Mohammed Rafaï. Contacté, l’entourage de campagne détaille l’histoire sur ordre du président. Et il dénonce un « véritable acte de lâcheté ». De Carolis a bien retiré son soutien à Renaud Muselier avant le premier tour des élections régionales, dès que le vent des sondages donnait Thierry Mariani (RN) en vainqueur.

La vengeance est une subvention qui refroidit
Depuis sa réélection, Muselier se venge en tirant la chasse sur les projets arlésiens. Il sanctionne Arles comme la Ville de Cannes où David Lisnard, le maire a eu l’outrecuidance de critiquer ouvertement sa stratégie de rapprochement avec LREM. Dès le lendemain du second tour des régionales, Muselier a supprimé les subventions au comité régional de tourisme Côté d’Azur. De même, les projets du territoire arlésien qui demandent des subventions se font répondre « en attente » par les services de la région. Les projets du Parc de Camargue pataugent, le Pôle culture et patrimoine « en attente », le Cargo de nuit… Quant au toro-pôle présenté avant les élections ? A la feria du riz 2020, main dans la main, Renaud Muselier et Patrick de Carolis promettaient un financement à 50% de la Région. Depuis : silence radio.

La vengeance politique avec l’argent public, une manie pas très élégante des élus qui s’approprient les deniers publics comme leur argent de poche. « On ne va pas se cacher derrière notre petit doigt, confirme Cyril Juglaret, conseiller régional sortant et réélu, aujourd’hui, comme depuis le début du mandat, c’est compliqué pour les projets du pays d’Arles, mais c’est en train de se normaliser. » Il espère que les assemblées plénières régionales du premier semestre 2022 vont enfin voter des aides attendues pour les budgets 2021 des acteurs arlésiens. Désormais, la région va faire « le distinguo entre les projets des acteurs du territoire et les projets plus personnels des hommes politiques », éclaircit le conseiller régional.

Edition mai 2022 : Depuis, les aides aux principales associations et entreprises arlésiennes ont été voté, mais c’est le Parc naturel régional, en crise de gouvernance, dont Patrick de Carolis est président, qui s’est vu suspendre son soutien régional. Lire La Provence – Arles très précise sur le suivi de ces dossiers.

Les listes qui cachent la forêt
L’engaste entre le maire d’Arles et le président de région a commencé au moment de la composition des listes. Le fraîchement élu maire veut obtenir une bonne place sur la liste LR de Muselier pour son premier adjoint, Jean-Michel Jalabert. Après quelques négociations sur l’ordre des noms entre son poulain et Cyril Juglaret, ancien adversaire aux élections municipales, l’affaire semble honorablement conclue selon l’entourage de Muselier. Muselier lâche même que Jean-Michel Jalabert soit devant Cyril Juglaret. Le 11 mai au matin, le « deal politique était passé, détaille celui qui gérait la négociation côté Muselier, et nous devions envoyer une confirmation formelle ». Mais pendant la soirée, « nous recevons un coup de téléphone de l’équipe de Carolis qui nous annonce qu’ils ne veulent plus être sur la liste. Nous aurions mis trop de temps à répondre. Un sommet d’hypocrisie et de politique amateur », se souvient-il.

Il faut se remettre dans le contexte. Le jour du désistement, Renaud Muselier s’effondrait dans les sondages qui donnaient le RN en tête au premier tour et gagnant au second. La gauche avait promis de ne pas se retirer au second tour. La campagne du président sortant patinait. Il venait d’annoncer la fusion de sa liste dès le premier tour avec LREM, en se fâchant avec les cadres des Républicains. Déjà la tourmente médiatique menée par ses amis de droite le pointait comme faisant le jeu de Macron. C’est à ce moment là que Patrick de Carolis, qui n’a pas hésité à prendre un ancien cadre du FN sur sa liste aux municipales, aurait misé sur le mauvais poulain.

déserter muselier
« Mon analyse et celle du président Muselier sont celles de la lâcheté immédiate pour être du bon côté, affirme l’homme de confiance du président. Ils se sont dit qu’il était préférable de ne pas aller se coller aux futurs perdants ». Dès le 11 mai, le président de région ne reçoit plus aucune invitation de la part du protocole de la Ville d’Arles. Un événement demeure néanmoins inévitable : la féria de Pâques. « Le président est placé le plus loin possible de Patrick de Carolis, ignoré superbement comme jamais un président de Région ne l’a été. Ça, c’est un acte de défiance politique, mais ça veut dire, on ne veut surtout pas être sur la même photo ». Selon le mundillo, même en politique, il y a des choses qui ne se font pas. Le 16 juin, à quelques jours du premier tour, un rassemblement des maires de droite derrière Muselier est organisé sur la place du Forum, aucun élu de la majorité de Carolis ne s’y déplace. Et même entre les deux tours, « de Carolis n’a pas voulu s’afficher avec Muselier, même pour faire un semblant de front républicain », complète l’entourage de campagne. Et ce, même si le retrait de la liste de gauche tendait à sécuriser la réélection de Muselier.

« Certains de l’équipe de Patrick de Carolis ont joué un jeu passif agressif pour faire tomber les accords », confie le directeur de cabinet adjoint. Dans le viseur, Mandy Graillon, ancienne reine d’Arles et ambitieuse deuxième adjointe de la ville qui était alors en pleine campagne pour les départementales. Dans les articles de La Provence, les posts sur les réseaux sociaux, Patrick de Carolis, en place de suppléant de Mandy Graillon, ne manque pas de souligner les bienfaits et subventions de Martine Vassal, présidente LR du département, pour qui Mandy veut se faire élire. Contactée par écrit l’élue n’a pas souhaité répondre à l’Arlésienne.

Martine Vassal et Renaud Muselier se sont souvent fait la guerre sur l’échiquier politique de la droite marseillaise. Mais, lors de la collection électorale printemps-été 2021, les deux têtes de listes ont signé un pacte de non-agression. Leur entente a été cordiale. Dans ce contexte, comment expliquer que de Carolis ait lâché Renaud Muselier en rase campagne ? Ne pas soutenir Muselier, l’homme de droite qui se rapproche des marcheurs, tiendrait de la stratégie pour « ne pas faire perdre des voix à Mandy Graillon, qui se présentait aux départementales face au RN », analyse-t-on dans l’entourage de campagne. Pour être élue, sa tactique a consisté à ne pas contrarier les électeurs d’extrême-droite, plutôt que de draguer les électeurs de gauche pour un éventuel barrage.

Un élu de la ville qui serre la main au RN
De quoi valider la thèse de Mohammed Rafaï ? Celle du soutien de Patrick de Carolis à Thierry Mariani, le candidat RN aux régionales… « Non, il ne m’a pas soutenu », tranche Thierry Mariani, qui répond au téléphone depuis Strasbourg et son poste de député européen. « Non, non, je pourrais m’amuser à foutre le bordel, mais je vous assure que non », ironise le transfuge de LR devenu proche de Marine Le Pen, face à notre insistance. Il se souvient toutefois d’avoir rencontré un conseiller municipal de la majorité arlésienne chez un riziculteur. Le 2 juin 2021, Thierry Mariani en campagne débarque à Arles, fait le tour des commerçants en centre-ville et va à Mas-Thibert chez Jean-Louis Limonta, ancien candidat RN aux municipales, aujourd’hui soutien de Zemmour. « Sympathique, avec un franc parler et sa casquette Trump », le décrit Thierry Mariani.

« Patrick de Carolis ne pouvait pas venir, mais il s’est fait représenter », assure Jean-Louis Limonta. Et c’est Pierre Raviol, troisième adjoint de la ville d’Arles, qui est venu serrer la main au candidat d’extrême-droite et s’asseoir à la table pour parler d’agriculture et d’enjeux électoraux. « Mais aucune prise de parole pour afficher un soutien n’a été faite », se souvient Jean-Louis Limonta. Pierre Raviol se serait déplacé par amitié pour Jean-Louis Limonta et par connaissance personnelle de Thierry Mariani, alors que Patrick de Carolis « n’y était pas favorable », nous dit-on depuis les couloirs de la mairie. « Jean-Louis dit ça parce qu’il aimerait que Pierre Raviol le rejoigne dans son parti, mais il ne le fera jamais, ce ne sont pas ses idées ». Voilà pour le fond de vérité de Radio chiotte.

Alors pourquoi Patrick de Carolis s’est distancié de Renaud Muselier ? Jean-Louis Limonta, la figure de l’extrême-droite locale valide la thèse de l’entourage de Renaud Muselier. « C’est clair que Mandy Graillon ne voulait pas froisser l’électorat d’extrême-droite en s’affichant avec Renaud Muselier qui se rapprochait des marcheurs. » Résultat ? « Bien joué, en un an, il a déjà réussi à se griller avec le deuxième financeur majeur de la ville », rigole jaune Mohammed Rafaï de l’opposition arlésienne.

De Carolis vers d’autres Horizons
Aujourd’hui, le maire regarde déjà au-delà de la région. Soutenu sans le dire par Agir, la droite macron-compatible lors des élections municipales, il a désormais pris sa carte au parti Horizons d’Edouard Philippe. A Paris, l’ancien animateur télé est comme un poisson dans l’eau sur le plateau de C à vous, sur France 5. Avec l’aide de l’heureux hasard d’une invitation pour la promotion d’un roman écrit avec sa femme sur la famille Médicis, l’ancien président de France Télévision retrouve son langage châtié : « une république fondée sur l’expérience de ses maires, c’est quand même ce qu’il manque aujourd’hui […]. C’est cette expérience et cette réflexion qu’on a envie de porter et Édouard Philippe nous propose à un moment donné d’organiser cette réflexion et c’est ce qui moi personnellement m’intéresse ». A 68 ans, est-ce une façon de placer ses pions ? Législative, ministère ou simplement pour de l’influence ? Il l’avait promis en campagne, Patrick de Carolis est à Arles pour être un maire à temps plein avec une « carrière derrière lui ». Mais pour être au rassemblement d’Edouard Phillipe au Havre le 9 octobre dernier, il a séché la finale du Trophée des as, la grande fête annuelle de la course camarguaise. Une question de priorité.

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