Avec comme revendication l’inscription dans la constitution du Référendum d’initiative citoyenne (Ric), un groupe de Gilets jaunes est parti d’Arles ce dimanche 16 décembre pour une marche nationale. Elle prévoit d’arriver à Paris le 19 janvier et souhaite donner un second souffle au mouvement. Aller au-delà des blocages et demander une réforme forte de notre démocratie. Une stratégie nouvelle dans le mouvement.

Nous partîmes à quatre ou cinq, sous un ciel de pluie
Avec l’espoir d’être neuf millions arrivés à Paris.

C’est ainsi que pourrait se résumer la démarche de ces Gilets jaunes arlésiens dont le départ avait lieu ce dimanche 16 décembre matin. Le but ? Arriver à Paris avec une pétition signée par neuf millions de personnes – autant que d’électeurs d’Emmanuel Macron – pour demander l’inscription dans la loi du Référendum d’initiative citoyenne (Ric) – une revendication qui apparait de plus en plus comme centrale dans le mouvement des Gilets jaunes (GJ).

Ne plus se mettre à dos la population

Pour le coup, le départ de ce pèlerinage se faisait sous les auspices républicains. Dans la salle des pas perdus de l’hôtel de ville, une cinquantaine de personnes, la majorité en gilets jaunes écoutait les discours. « L’idée, c’est de donner un second souffle au mouvement, alors que partout en France, les rond-points ont été saccagés (par les forces de l’ordre ndlr), il faut aussi envisager d’autres choses. Aujourd’hui bloquer des villes, c’est contre-productif, on risque de se mettre la population à dos. Contre-productif parce que les gros (acteurs économiques ndlr) ont les épaules assez larges alors que les petits : commerçants, artisans ne les ont pas. On risque d’asphyxier l’économie des villes, c’est pour ça que je pense essentiel qu’on pense à d’autres types d’actions qui vont permettre de continuer. Parce qu’aux vues de la déclaration du monarque cette semaine, il ne va pas comprendre rapidement, il faut qu’on puisse durer efficacement », contextualise José Manrubia, Gilet jaune du rond-point du Vittier qui parle fort et s’exprime clairement devant la cinquantaine de soutiens venus pour ce départ pluvieux.

Partis ce matin de Arles, les « marcheurs » ont prévu de gagner Paris le 19 janvier. Aujourd’hui, direction le rond point de Tarascon, pour demain rejoindre celui du Pontet à Avignon. Leurs étapes de rond-points en rond-points sont déjà définies. Le tracé est disponible sur la page facebook « Marche Nationale RIC ».

Devenu le point de cristallisation premier des nombreuses doléances des Gilets Jaunes, le Référendum d’initiative citoyen porte l’ambition
« que le peuple puisse retrouver sa souveraineté »  raconte Valérie Garcia Laroche, qui se définit comme « messagère de confiance » des GJ de Saint-Martin-de-Crau. Écharpe républicaine autour du cou, elle en appelle à la fraternité en se référant à l’ancienne bible, celle de Dieu, en attendant de la remplacer par une nouvelle : la constitution de 1958 remodelée autour de l’Article 3. L’initiative s’appuie sur une petite association portant le projet de réforme constitutionnelle et tient une pétition depuis des années. L’association Article 3 subit depuis quelques jours les assauts politisés de citoyens ayant pris une formation accélérée de culture civique et souhaitant apporter leur soutien à cette proposition.

Pour José Manrubia, qui n’a pas hésité à citer ses illustres prédécesseurs, Ghandi et Luther King, l’idée est de récupérer plus de signatures que le nombre d’électeurs de Macron. Autant dire 9 million. Pour lui et les personnes qui l’accompagnent, cette marche symbolise la dimension pacifique du mouvement. Et la paix ne peut pas être réelle dans une situation économique par essence en guerre. Quand, rappelle-t-il, « 6 personnes possèdent autant que plusieurs milliards d’humains, comment ne pas se révolter ? » Une révolte qui se veut pacifique :  » Toucher la presse, que ça fasse boule de neige ».

Si l’idée semble faire consensus, en réalité, ce n’est pas forcément le cas. Les Gilets jaunes (GJ) sont partis des ronds points. Et pour certains, ce n’est pas près de changer. « Jusqu’à hier soir il y avait encore des cabanes avec des cuisines, on accueillait les gens qui n’avaient rien. Ils ont tout détruit », témoigne Fabrice Loi, auteur engagé actif au Vittier. Pour lui, la marche pacifique ne doit mettre fin à l’occupation de terrain. « Le Vittier hier a été victime d’une opération de police de grand envergure : hélicoptère, gazage des gens jusque dans Trinquetaille, tout a été saccagé. Y’a des gens qui sont en train de reconstruire le Vittier, parce que cette marche elle part parce qu’il y a des racines. Les racines c’est les rond-points. Le Vittier, ça continue, des gens sont déjà en train de reconstruire »

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A gauche Valérie Garcia Laroche, à droite José Manrubia, celui dont part l’idée de la marche.

De quels gilets jaunes parlent-on ?

Parmi le petit groupe de marcheur, José Manrubia, 54 ans, matador retraité et artiste plasticien s’est déjà engagé à Attac ou auprès de la France Insoumise. « Mais je ne suis qu’un gilet jaune, les partis c’est ce qui va diviser le mouvement, il faut rester indépendant. Je me bats pour ne pas que les partis prennent la main sur le mouvement. Depuis le début je n’ai pas parlé une seule fois de politique partisane, je parle en tant que citoyen et Gilet jaune ». Même s’il est présent dans le mouvement depuis le début, il n’embrasse pas le parcours des Gilets jaunes qui se politisent pour la première fois. « Le but c’est pas de s’approprier l’idée du référendum citoyen, le but c’est que tous les Gilets jaunes, les citoyens s’emparent de cette démarche, qu’ils soient de Bayonne, de Dunkerque de Nantes, pour nous rejoindre à Paris pour aller à l’Assemblée nationale pour porter des millions de signature « . La route ne fait que commencer.

Julien Sauveur