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Le panneau devant les travaux mettent en valeur l’investissement du département et la personne de Martine Vassal.

Privés de communication sur leurs expositions, diminués par des postes de direction vacants et victimes des ingérences du Département, les musées départementaux souffrent (Arles Antique et Arlaten). Les agents manifesteront jeudi 13 juin à Arles et se déplaceront à Marseille le lendemain pour alerter l’opinion et tenter de retrouver une sérénité dans l’exercice de leurs missions. Ils témoignent de leurs inquiétudes.

« On a l’impression qu’on fait tout pour que les musées se transforment en coquilles vides », regrette un agent du Musée départemental de l’Arles antique, celui du buste de César et du chaland gallo-romain. Pour l’exposition sur l’armée antique qui vient de se terminer en avril, il n’y a eu que très peu de communication en affichage de la part du département. « Pourtant c’était une exposition d’envergure internationale, le public pour lequel elle était réalisée n’en avait pas connaissance ». Et sa réalisation a coûté autant que celle de l’année précédente qui portait sur le luxe soit « entre 350 et 400 000 euros », poursuit une autre agent. Le luxe a mobilisé « 80 000 visiteurs » contre « 40 000 », pour celle sans communication. Pourtant, pendant ce temps, les abribus du pays d’Arles étaient recouverts de la communication bleu blanc rouge du conseil départemental, celle avec le bonnet phrygien. De la même manière, on voit passer quatre fois par jour le lien sponsorisé d’Accents de Provence, le magazine de la collectivité avec la trombine de Martine Vassal titré « Marseille change ». Sans compter que la présidente du Conseil départemental s’est déjà illustrée pour ses dépenses en communication comme en 2016 avec les baguettes de pain. De quoi questionner les choix des budgets de communication.

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Martine Vassal, présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille-Provence. Photo Marsactu.

« Le département fait une communication de folie sur les capitales, comme cette année avec le thème de la gastronomie. La gastronomie a été présentée avec une ambition culturelle, on pourrait croire que ça correspond à un surcroît d’activité du domaine culturel du Département. Mais ce n’est que de l’affichage, une politique événementielle au détriment de la programmation dans les musées », s’étouffe Jean-François Gast, responsable syndical CGT. Un agent reprend : « c’est une politique tournée vers l’événementiel, le festif, qui se concentre sur le pôle marseillais ».

Le cabinet politique aux manettes de la programmation

Plus grave, les agents du Museon Arlaten, musée d’ethnologie de la Provence pointent l’interventionnisme du Département dans la programmation des musées pourtant labellisés Musées de France. Un label qui garantit une autonomie de direction par des conservateurs et le suivi d’un projet scientifique et culturel pour la programmation. Alors que les équipes du Museon avaient réalisé une enquête pendant six ans sur la présence gitane en Provence, il leur a été interdit de communiquer sur la restitution ni d’ouvrir l’événement au public, comme cela a toujours été le cas. Selon cet agent, le problème de cette politique, c’est qu’elle « remet en cause les missions de nos musées ». Autre exemple plus récent, là aussi inédit « on a eu une demande politique pour monter une exposition » sur la gastronomie, thématique de l’année 2019 voulue par le Département. Un autre agent revient sur le résultat que produit ce fonctionnement : « on a le sentiment qu’on ne respecte plus nos métiers ». L’exposition « On n’a rien inventé », qui est présentée au Musée d’histoire municipal de Marseille du 15 juin au 24 novembre a été préparée et co-financée grâce aux agents et au budget du musée départemental d’Arles, alors qu’elle est proposée au musée…. à un musée municipal de Marseille. « Ça n’aurait posé aucun problème si après Marseille, on récupérait l’exposition, c’est intéressant les partenariats. Mais là, on paye, on produit, mais on ne récupère à aucun moment le fruit de notre travail ». Ce qui fait dire à Jean-François Gast, responsable CGT  : « c’est du détournement tout simplement. Pour faire briller Martine Vassal à Marseille. »

Non-recrutement des personnels et manque de cohérence

« Le musée de l’Arles Antique disparaît petit à petit, il n’est plus investi dans la ville », s’inquiète un agent qui constate inexorablement la fonte du budget de fonctionnement depuis l’arrivée de la nouvelle présidente. Dernièrement et pour la première fois depuis son ouverture en 1995, le musée n’a pas pu ouvrir ses portes faute d’agents d’accueil non remplacés.

Pour répondre à ce sentiment d’abandon des agents des musées départementaux, « les élus répondent dans la presse qu’ils ont investi 22,5 millions dans la rénovation du Museon Arlaten. », dont la réouverture est prévue au mois de décembre. « Typiquement, on est dans l’effet d’annonce. Derrière la réalité, il y a un malaise et un laisser-aller qui menace à court terme le fonctionnement des musées », attaque Jean-François Gast. Pour preuve : le poste de directeur du Museon laissé vacant depuis un an et demi n’a toujours pas été ouvert au recrutement. Une conservatrice assure pour l’instant l’intérim.

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Le musée départemental d’ethnologie, Museon Arlaten devrait ouvrir après rénovation en décembre 2019.
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Et il manque toujours un agent technique dans l’équipe. Pour un musée qui doit rouvrir en décembre 2019, là encore « c’est la preuve d’un manque d’anticipation des besoins, pourtant les postes sont budgétés ! », charge le syndicaliste. « La seule date à ne pas bouger, c’est la date de l’inauguration », remarquent les agents qui observent le calendrier électoral. Pourtant, précipitation et rénovation n’ont pas l’air de faire bon ménage. Dans la chapelle du Museon, un retable en bois du XVIIe siècle classé aux monuments historiques a été restauré en profondeur. Sauf que les travaux ont repris, qu’il prend la poussière et a déjà reperdu de sa superbe. « Le non-respect des étapes dans le calendrier n’est pas bon. De neuf mois de montage, on va passer à quatre. C’est sûr, on va abîmer des collections parce qu’on les installera dans un chantier », craint un agent. Pourtant le Département investit 22,5 millions d’euros d’argent public et l’affiche un peu partout, on pourrait faire gaffe un minimum. En attendant, le recrutement des agents d’accueil pour la réouverture du musée n’a pas encore débuté. « Pourtant, il faut un minimum de temps pour les former », n’en croient toujours pas les agents. Visiblement, le temps politique n’est pas celui des musées.

Eric Besatti

Toujours pas de directeur au Musée départemental de l’Arles Antique. Comme pour le Museon Arlaten, le poste de directeur reste vacant. Le département n’a toujours pas lancé le recrutement pour le poste depuis le départ à la retraite de Claude Sintés en mars dernier. Les agents sont dans le flou sur les intentions de la collectivité.